Dossier de la semaine. Sécurité, agriculture, mobilités : le préfet Pierre-Édouard Colliex face aux dossiers du territoire

À travers plusieurs dossiers récents, le préfet du Jura, Pierre-Édouard Colliex détaille les réponses apportées par l’État face aux enjeux du territoire. De la lutte contre les trafics à la sécurité routière, en passant par la défense de la filière comté et l’organisation des municipales, se dessinent les priorités d’un département confronté à des défis concrets.

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Sécurité, agriculture, mobilités : Pierre-Édouard Colliex détaille les enjeux actuels du Jura.

Sécurité, mobilités, agriculture : dans le Jura, les enjeux du quotidien dessinent les priorités d’un territoire rural en évolution.

Premier symbole, le comté. Produit emblématique du Jura, il cristallise à lui seul les enjeux économiques et environnementaux. Récemment pointée du doigt pour son empreinte carbone, la filière fait l’objet d’une défense appuyée du représentant de l’État. « On a une filière comté qui est l’une des plus saines à tout point de vue du pays », présente Pierre-Édouard Colliex. Agriculture extensive, rémunération des producteurs, préservation des paysages : selon lui, le modèle jurassien fait figure d’exception, avec un impact carbone « 50 % moindre qu’ailleurs ».

Fermeté sur la sécurité, vigilance sur les routes

Sur le terrain sécuritaire, le préfet revendique une ligne de fermeté. Si le Jura reste à l’écart des grands réseaux structurés, la menace existe. À Dole, un point de deal des Mesnils-Pasteur, particulièrement lucratif a récemment été démantelé après une enquête de longue haleine. « L’objectif, c’est d’éviter que ça se constitue », martèle-t-il.

La stratégie ne vise pas uniquement les trafiquants. Elle s’étend aussi aux consommateurs, considérés comme le moteur économique du phénomène. Contrôles routiers, interventions dans les établissements scolaires, opérations ponctuelles : la pression s’intensifie. « On tape non seulement les trafiquants […] mais aussi sur ceux qui alimentent ce trafic », assume le préfet.

Même logique sur les routes. Si le nombre de morts a reculé en 2025, passant de 35 à 27, le bilan reste préoccupant. Les accidents et les blessés ont, eux, fortement augmenté. Une évolution qui traduit, selon le préfet, la persistance de comportements à risque. « La vitesse, l’alcool, les stupéfiants » demeurent les principaux facteurs d’accident. Face à cela, l’État renforce les suspensions de permis et multiplie les actions de prévention.

Dans ce contexte, un autre dossier routier concentre l’attention : la RN 83. Depuis le 1er janvier, le transit des poids lourds de plus de 7,5 tonnes y est interdit. Une mesure attendue pour sécuriser un axe jugé dangereux et soulager les riverains. « Il n’y avait aucune raison logique […] de ces circulations de camions », souligne le préfet, évoquant un trafic de transit sans bénéfice pour le territoire.

Des communes sous perfusion démocratique

C’est un autre signal, plus discret mais tout aussi révélateur, qui alerte aujourd’hui les services de l’État. Dans deux communes du département, Pillemoine et La Boissière, aucune équipe municipale n’est en place. Faute de candidats, les élections ont dû être annulées, et des délégations spéciales assurent désormais l’intérim.

Le calendrier est contraint. Les électeurs seront rappelés aux urnes, le 24 et 31 mai pour Pillemoine puis le 7 et 14 juin à La Boissière. Une organisation sous tension, dans des communes où il faut aussi gérer les urgences quotidiennes, du risque incendie à la continuité des services publics.

En creux, une menace se dessine : celle d’une disparition progressive de certaines communes en tant qu’entités autonomes. « Le risque est évidemment une fusion à l’issue », reconnaît le préfet, tout en assurant que ce n’est « pas ce que nous souhaitons ».

Dans le Jura comme ailleurs, la vitalité démocratique locale apparaît ainsi comme un indicateur fragile. Et, peut-être, comme le défi le plus silencieux auquel le territoire doit désormais faire face.