Rubrique. Grands mots, grands remèdes : Souris !

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origine expression montagne accouche

On nous dit souvent que « la montagne accouche d’une souris » (1). L’image est touchante. Elle défie les lois de l’obstétrique, de la géologie et de la reproduction des rongeurs. Mais elle perdure entretenue par toutes nos occasions de railler tout ceux qui nous la baillent belle (2).
L’histoire est ancienne. La Fontaine, en 1668, nous raconte cette fable :

Une montagne en mal d’enfant
Jetait une clameur si haute
Que chacun, au bruit accourant,
Crut qu’elle accoucherait sans faute
D’une cité plus grosse que Paris :
Elle accoucha d’une souris.

Comme souvent chez La Fontaine, c’est une reprise d’un tube mythique de l’Antiquité quand Horace dans son Art Poétique écrivait Parturient montes, nascetur ridiculus mus, ce qui voulait déjà tout dire. Mais en latin. C’est l’époque qui veut ça.

On me dit que la chasse aux normes bien trop nombreuses est ouverte.

Trop c’est trop et nous devons créer de nouvelles normes pour en fixer le maximum tolérable. Et si le nombre de ces nouvelles normes est énorme et dépasse les limites du Code de la Citoyenneté numérique, issues de la loi N°2024-302 du 3 avril 2024 relative à l’usage responsable des données publiques qui prévoit que tout organisme doit conserver 99 ans les normes dans le tiroir du milieu, alors si ces nouvelles normes dépassent de façon anormale une hauteur de plafond normalisée on abaissera le plancher d’autant.

Il y aura des normes à respecter car la cave juste en dessous doit conserver une hauteur qui reste dans la norme des directives européennes, régionales et cantonales. Tout dépassement du minimum de plus d’un tiers serait hors normes et passible des peines prévues par les futures normes sur lesquelles on travaille énormément.

Ces montagnes de lois accoucheront bientôt. Normalement… (3) (4)

Notes légales concernant ce texte

(1) – La disproportion est énorme mais prenons garde de ne pas juger sur le temps court. La montagne a peu d’espoir de grandir encore. Alors qu’une souris peut avoir 30 à 80 souriceaux par an. Elle connait ses premiers émois amoureux vers 6 à 8 semaines. Sa gestation dure 3 semaines. Il y a très peu de fausses couches. Chaque portée compte 5 à 10 souriceaux. Sur la base raisonnable de 5 à 10 portées par an dans l’hypothèse d’un couple polygame où l’on n’en rate pas une et où l’on sourit beaucoup on arrive vite à une descendance qui -si l’on en fait un tas- n’est pas s’en rappeler la montagne.

(2) – « Vous me la baillez belle » est une expression devenue vieillotte. Elle peut faire bâiller d’ennui les blasés de la langue ; elle peut faire bayer aux corneilles ceux qui en restent bouche bée.
Dans « bailler belle », bailler garde son vieux sens de donner, livrer, remettre. Le verbe a disparu mais il nous reste le très actif bail qui n’a conservé de ce don que sa valeur de contrat par lequel on laisse à quelqu’un la jouissance d’un bien sous conditions et pour une durée prédéfinie. Cela nécessitait administration et gouvernance sous la responsabilité d’un bailli. En Franche-Comté, ce régent, ce tuteur est devenu le bailly. Et le patronyme Bailly est le cinquième plus fréquent dans le Jura où Lacroix domine devant Martin et Prost. N’en concluons pas trop vite que nos ancêtres avaient le sens de la gouvernance. Beaucoup de ces Bailly portaient un sobriquet moqueur. De même que les Leroy, les Leduc, les Leprince ne l’étaient pas tous !
Chez nous la règle était souvent d’apporter d’utiles précisions. D’où les Bailly-Bazin, Bailly-Maitre, Bailly-Salins… Une spécialité comtoise et vosgienne.

(3) – Le phénomène est à ce point courant qu’il existe de nombreux équivalents à cette expression dans la langue française. Car monter sur ses grands chevaux pour crier à hue et à dia qu’on vient d’inventer le meilleur et que c’est une révolution est d’une grande banalité. Ces promesses inondent le discours politique (sur plusieurs continents) et aussi abreuvent les abonnés des réseaux sociaux.
C’est le plus souvent « beaucoup de bruit pour rien », « pour promettre monts et merveilles », « en faire tout un fromage », « avant de faire pschitt » « comme un pétard mouillé ». En somme « beaucoup de battage pour pas grand-chose », « une tempête dans un verre d’eau » et « tout ça pour ça » !

(4) – De tout temps des bouleversements annoncés comme gigantesques et définitifs ont éclaté comme des bulles insignifiantes laissant leurs promoteurs ramer dans la risée publique.
Quand en 2008 le CERN, tout près d’ici, a ouvert le LHC, le Grand Collisionneur de Hadrons, quelques théories fumeuses relayées par les médias spécialisés dans la culture des choux gras ont prédit l’irruption spontanée de trous noirs qui nous avaleraient tous.
C’était une période où l’humanité avait la poisse car elle venait juste d’échapper -par je ne sais quel miracle imprévu mais bienvenu- au « bug de l’an 2000 ».
Le chaos informatique du premier janvier 2000 était inévitable, nous disait-on, car rien n’était prévu pour passer de 1999 à 2000 en un temps où les dates informatiques des entreprises, dans un souci d’économie d’octets, étaient codées sur les deux derniers chiffres.
Le lendemain de 1999 serait 00 ! Du coup, les avions tombent du ciel en plein vol, les banques annulent nos comptes et bloquent nos accès, les centrales nucléaires bouillonnent en folie. Il n’y a plus d’électricité sur la planète…
Heureusement cette montagne d’angoisse informatique a finalement accouché… d’une souris ! Elle est encore à droite de votre clavier.