Rubrique. Grands mots, grands remèdes : Le zoo des animaux disparus

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Les noms d’animaux ont beaucoup évolué au fil des siècles.
Le goupil a sillonné les campagnes du Moyen-Âge dévorant les gélines, les anes, les colombs et autres poulailles… (NDLR : les poules, les canards, les pigeons et autres volailles). (1)

Concept Paysage Du Revermont Lons-le-Saunier

On aurait pensé voir disparaitre la bête goulue sous les coups d’une arquebuse vengeresse (2) mais c’est un roman à succès qui provoqua sa perte !

Le Roman de Renart, suite de récits animaliers en vers, écrit à plusieurs mains au XIIème et XIIIème siècles, devint si célèbre que son héros, le rusé goupil, conserva son nom d’artiste et entra dans les dictionnaires tout autant que dans les poulaillers (3). Belle consécration ! Comme si tous les chiens s’appelaient désormais des milous et les chats des félix…

D’autres animaux d’époque ont connu le même sort. Son voisin le leu devint le loup vers 1180. Si, à la fin de la cousinade bien arrosée, le tonton Raymond se fait happer par la chenille où chacun sautille à la queue leu leu, on peut retrouver dans la danse du tonton le souvenir de la vie en meute de canis lupus.

En Comté, nos anciens avaient le gouri comme cochon, la miguette comme chèvre et son migui comme cabri. Et la viôce comme vieux chien vagabond et crotté. Le chat-guerriot était notre écureuil et l’aichatte notre abeille qu’on appelait aussi mouche-bénie. C’était avant.

« Dès potron-jacquet », désignait l’aube : c’était au petit matin quand on voit le derrière, le potron, de l’écureuil quand il lève sa queue (4). C’était la poésie bucolique et imagée de nos campagnes. Mais l’écureuil s’est fait rare quand le macadam a remplacé les chemins boisés et a rompu les continuités arborées (5). La ville gagnait des territoires. Il fallut remplacer le potron-jacquet par le potron-minet…

Et c’est plus tard le réveille-matin qui remporta la partie… (6)

Notes un peu bêtes concernant les animaux :

(1) – Le canard avec sa démarche si personnelle a eu un parcours singulier. Ce nom de canart fut d’abord un sobriquet pour un homme bavard, un caqueteur en 1199. Mais le vieux français qui appelait ane le canard (dérivé du latin anas) se trouvait parfois dans l’embarras quand il y avait une confusion avec l’âne des champs qui lui -comme on sait- ne fait pas d’œuf. Et ça fait toute la différence.

Si bien qu’au XIIIème siècle on fit du surnom moqueur un nom d’usage pour ce volatile. Bien nous en pris ! Imaginez ! S’il fallait aujourd’hui dire : un froid d’ane, mouillé comme un ane, marcher en ane, lire l’ane enchainé…

Nos ancêtres avaient des fulgurances dont on ne les remerciera jamais assez.

(2) – « L’eau d’arquebuse » devenue l’arquebuse quand un assoiffé perspicace nous expliqua qu’il n’y avait pas que de l’eau, était censée guérir les blessures des armes à feu du même nom, ancêtre du mousquet puis du fusil. On buvait une arquebuse pour se soulager des trous de balles. C’était bien avant l’invention du canon et c’est heureux car il aurait fallu boire plusieurs canons pour guérir des boulets là où une seule arquebuse suffisait. Pourvue qu’elle soit dosée sans être trop regardant. Naturellement.

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(3) – Avec le Roman de Renart nous sommes au Moyen-Âge. Il y a plein de chevaliers travaillant l’amour courtois d’arrache-pied et de moines copistes qui font rien qu’à copier. Il y a aussi un goupil dans sa tanière avec sa tendre Hermeline et quelques renardeaux dont on ne saurait dire le nombre. Goupil leur apprend à voler sans se faire choper, à mentir avec de l’aplomb dans la tête, à pleurer quand on peut y gagner un jambon. En somme la vie rude du Moyen-Âge.

Renart est immoral. Il deviendra un héros. Une sorte de Pieds Nickelés à lui tout seul. Et comme eux il rentrera dans les médiathèques d’aujourd’hui.
Où va le monde ?

(4) – Au petit matin, l’écureuil avant de se mettre en branle pour affronter sa journée avait l’habitude de dresser la queue. Comme d’autres s’étirent en tous sens. Ce faisant, il laissait entrevoir son poitron du latin posterio, le cul, comme l’on disait en ces temps reculés. C’est au mitan du XIXème siècle que le chat s’est imposé sur l’écureuil et le potron-jacquet est devenu le potron-minet. Que voulez-vous que je vous dise ?

(5) – L’écossais John Loudon McAdam aurait inventé une technique de revêtement des chaussées avec des couches successives de pierres concassées de granulométrie décroissante et compactées avec du sable et de l’eau.

Il n’eut jamais le prix Nobel car il avait oublié d’ajouter l’enrobé bitumineux qui fait la beauté de nos routes. Et, en plus, il avait pompé la recette sur les latins qui eux-mêmes l’avait copié sur les babyloniens. Il n’inventa pas non plus le péage d’autoroute, ni la bande d’arrêt d’urgence. En somme, une gloire bien surfaite.

(6) – Réveille-matin est l’orthographe correcte quand ce mot, apparu au XVème siècle, remplaça le chant du coq. Nous sommes ici dans une construction Verbe+Nom. Comme un casse-tête juste avant de brancher le grille-pain. À moins que vous ne déjeuniez au lance-pierre d’un casse-croute, si vous êtes plus adepte du presse-citron que du tire-bouchon ou de l’ouvre-boite. Pour atteindre plus vite le porte-manteau.

Je m’arrête : sans garde-fou les gratte-papiers deviennent vite des rabat-joie casse-pieds et les trouble-fête des porte-malheur.

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