L’actualité est ainsi faite que, quand on lave son linge en famille, certains gros bonnets qui, hier encore, étaient collets montés et droits dans leurs bottes, aujourd’hui se font remonter les bretelles (1) au point parfois de devoir rendre leur tablier et tourner casaque.
Pas question de porter le chapeau (2) : habitués à se faire cirer les pompes, ces beaux linges changeront d’avis comme de chemise plutôt que de se faire tailler un costard pour l’hiver.
Ils feront des effets de manche sans prendre de gants (3). Ils sont tendus comme un string mais pas question pour eux de baisser son pantalon ni de faire dans son froc. Vous aurez beau leur coller aux basques, les marquer à la culotte, ceux-là même avec qui vous étiez cul et chemise vous laisseront tomber comme une vieille chaussette au premier bruit de botte.
Alors, chapeau bas pour ces ronds de cuir (4) qui ne reculent pas devant une main de fer dans un gant de velours et mouillent la chemise plutôt que de retourner leurs vestes ! Les coups sous la ceinture, ces cols blancs en ont ras la casquette car ils savent qu’ils risquent d’y laisser la chemise au point de se retrouver à faire la manche s’ils n’obéissent pas le doigt sur la couture du pantalon.
Mais comment être bien dans ses baskets, comment ne pas avoir le moral dans les chaussettes si l’on doit lécher les bottes de qui l’on vient de se prendre une veste ? On me dit qu’Il faudrait botter en touche plutôt que manger son chapeau, rester dans ses petits souliers et s’en moquer comme de sa première chemise. Ou alors faudrait-il en rire sous cape ? Mais c’est une autre paire de manches (5). Faudra-t-il se mettre sur son 31, tiré à quatre épingles plutôt qu’être fagoté comme l’as de pique (6) et prendre des gants pour mettre ceux qui travaillent du chapeau dans sa poche ?
Notes pour trouver chaussure à son pied :
(1) – Se faire remonter les bretelles c’est bien sûr se faire réprimander vivement. Reste que l’expression est mystérieuse. Les linguistes, et surtout ceux qui sont spécialistes des bretelles, nous disent qu’elles servent à donner une tenue correcte au pantalon. Dont acte.
La bretelle, de l’ancien haut allemand brittil, (rêne, bride) est une bande de cuir ou de tissu connue depuis le XIIIème siècle pour soutenir quelque chose. Mais c’est en 1718 que les bretelles ont connu leur heure de gloire quand -enfin- elles ont eu le courage et l’audace de soutenir carrément le pantalon.
Une façon de remettre les choses en place.
(2) – Dès 1669, mettre un chapeau sur la tête de quelqu’un c’est nuire à sa réputation. Le fautif est ainsi stigmatisé dans l’espace public. L’Académie française nous donne son sens moderne : « être désigné comme le responsable d’une erreur ». Aujourd’hui, on voit de moins en moins de chapeaux. Croire que c’est parce qu’il y a de moins en moins d’erreurs en serait une.
(3) – « Prendre des gants » c’est agir ou parler avec précautions pour ne pas blesser son interlocuteur. En 1878, l’Académie française enregistre « prendre des mitaines » et donne « prendre des gants » comme une alternative peu usitée. Aujourd’hui la tendance est inversée : ce sont les mitaines qui sont vieillottes et grebies de rapponses.
(4) – En 1893, Georges Courteline publie Messieurs les ronds-de-cuir. Une allusion aux derrières posés sur des coussins ajourés spécialement conçus pour évacuer les soupirs, conséquences d’un travail harassant. C’est une satire de la petite administration, de ses lenteurs, de ses règlements absurdes et de ses employés englués dans la routine. Une époque qui aujourd’hui nous semble bien lointaine et qui nécessite bien des efforts d’imagination pour en comprendre les arcanes. C’est qu’aujourd’hui la petite administration a beaucoup évolué et ses lenteurs, ses règlements absurdes et ses employés englués dans la routine sont très différents avec les 35 heures et l’arrivée de l’informatique.
(5) – Comme souvent les étymologistes se disputent en deux manches et la belle l’origine de cette expression.
Au Moyen Âge et à la Renaissance, les manches étaient détachables ce qui permettait de réduire le volume de la lessive. On changeait de manches selon l’activité du moment et une nouvelle tâche nécessitait une autre paire de manches.
Pour d’autres, l’explication renvoie à « l’amour courtois ». Une belle enamourée donnait une manche (toujours détachable) à son chevalier en signe de son attachement fidèle. Les choses étant ce qu’elles sont, il n’était pas rare que le bel amoureux aille trouver fortune dans d’autres bras. C’était alors une autre paire de manches…
(6) – Le fagot est par nature débraillé et sans grâce. Chez nous on dit plutôt mal gôné L’as de pique des cartes à jouer a d’abord été au XVIIème siècle, chez Molière, une insulte avant de devenir deux siècles plus tard au sens figuré la métaphore d’un mal bâti, mal vêtu. Fin XIXème, début XXème l’as de pique est devenu en argot l’orifice anal. Mais c’était trop tard. Le sens était établi depuis longtemps et ce trou n’a guère influencé l’expression dit déjà avait fait le sien.

























