Jura. RN 83 : les commerçants en grande difficulté suite à l’interdiction des poids lourds

Les commerçants du Jura peinent depuis l’interdiction des poids lourds sur la RN 83, impactant fortement leur activité quotidienne.

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Isabelle Bouvier a repris le restaurant routier La Tonnelle à Pagnoz il y a 23 ans, après avoir tenu le buffet de la gare de Mouchard.

\”Ça faisait cinq ans qu’on en entendait parler, mais j’ai été très surprise. J’ai appris la décision en revenant de vacances, personne n’était venu me voir\”, explique Isabelle Bouvier, tenancière du restaurant routier La Tonnelle à Pagnoz.

La restauratrice a perdu une grande partie de sa clientèle, depuis l’interdiction des poids lourds en transit sur la RN 83 qui longe la commune.

\”Au début, c’était catastrophique, je n’avais plus que dix camions le soir. J’avais envie de pleurer en venant le matin.\”

Après plus de deux mois d’interdiction, Isabelle Bouvier peut maintenant faire un constat plus généralisé : \”Le midi, je continue de servir avec les ouvriers du coin mais, le matin, je n’ai plus aucun café et, le soir, ma salle s’est vidée de moitié.\”

Façade du restaurant La Tonnelle à Pagnoz touché par l\

Une fermeture et des fins de contrats

Le cas d’Isabelle Bouvier n’est pas isolé. Dans le Doubs, l’interdiction a déjà entraîné une fermeture. Le restaurant routier Le Grand Air à Chay a mis la clé sous la porte \”pour une durée indéterminée\” le 16 février dernier.

La station-service de Quingey est également touchée et, dans le Jura, la boulangerie de Buvilly subit de plein fouet la mesure.

François-Xavier Thierot a dû se séparer de l’une de ses vendeuses. \”Je travaille avec le passage donc mon chiffre d’affaires a diminué de 30 % depuis le 1er janvier. Maintenant, je bosse la nuit et je reviens pour faire de la vente l’après-midi. Je travaille entre 15 heures et 18 heures par jour, en espérant tenir le plus longtemps possible parce que les murs ne sont pas finis d’être payés.\”

Boulangerie Thierot à Buvilly confrontée aux conséquences économiques de l\

Isabelle Bouvier, qui emploie quatre salariés, a également dû se séparer d’une travailleuse à mi-temps. Et, au-delà de ses difficultés économiques, elle souhaite mettre en avant l’impact social de cette décision : \”Après 15 heures de route, les gars recherchent quelque chose de familial. Ils n’ont pas envie d’aller sur l’autoroute, c’est surbooké le soir et ils dorment moins bien. Les chauffeurs ne font pas vivre que le restaurant, ils vont au coiffeur, au pain, au bureau de tabac : ils animent la commune.\”

L’espoir d’un allègement du dispositif

Les motifs d’espoir des commerçants s’amenuisent, face au temps qui passe et à l’absence de réponses. \”On a fait les courriers tout de suite et, à ce jour, je n’ai toujours pas de réponse du préfet. J’ai été en contact avec la députée Justine Gruet qui m’a dit qu’elle travaillait à une solution\”, informe Isabelle Bouvier.

\”Je n’attends plus de miracles. Récemment, la sénatrice Sylvie Vermeillet m’a répondu que, suite à une enquête, il n’y avait pas d’impact significatif\”, indique François-Xavier Thierot.

Les deux commerçants n’espèrent plus un retour en arrière, mais un allègement du dispositif. \”On aimerait un article qui dise : vous pouvez passer pour manger et, moi, je leur fais un ticket. Il y a également du travail à faire sur la communication, car je suis sûre que certains gars pourraient passer mais qu’ils ne le savent pas\”, estime la restauratrice.

\”Dans l’Ain, à partir de Coligny, il y a une interdiction seulement de 22 heures à 6 heures sur la RD 1083, est-ce que ça serait possible ici ?\”, s’interroge le boulanger.