
Au milieu des arbres, à l’écart des grands axes, quelques maisons en terre crue rappellent une époque où la forêt était un véritable lieu de vie. Les Baraques du XIV constituent aujourd’hui le dernier habitat sylvestre des bûcherons-charbonniers qui peuplaient autrefois la forêt de Chaux. Les plus anciennes constructions remontent à 1537 et témoignent d’un mode de vie entièrement tourné vers l’exploitation du bois.
Pendant plusieurs mois chaque année, les familles vivaient ici afin de produire le charbon de bois qui alimentait les verreries, les salines ou encore les forges de Franche-Comté. Fours à pain, puits, baraques de forestiers et meules de carbonisation composaient alors un véritable village au cœur du massif.
Lorsque l’activité disparaît, le site sombre peu à peu dans l’oubli. En 1990, les bâtiments sont laissés à l’abandon. Les toitures s’effondrent, les murs se dégradent et la végétation reprend progressivement ses droits. « Le site est complètement à l’abandon, tout s’écroule », résume Dominique de Barral, président de l’association. Une poignée de passionnés décide alors de sauver ce patrimoine.
Pendant près de six ans, les bénévoles restaurent les maisons une à une avant d’ouvrir les premières visites en 1996. Une aventure qui se poursuit encore aujourd’hui, tant les matériaux d’origine demandent un entretien permanent. Les toitures doivent être régulièrement reprises et les murs en torchis sont refaits tous les quelques années afin de conserver les techniques de construction d’autrefois. « C’est un travail de tous les jours », confie le président.

Une immersion dans le quotidien des charbonniers
Si les bâtiments ont retrouvé leur silhouette d’origine, la manière de raconter leur histoire a, elle aussi, évolué. Longtemps proposées uniquement sous forme de visites guidées, les Baraques du XIV offrent désormais un parcours largement autonome. Un film d’accueil d’une dizaine de minutes replace le visiteur dans l’histoire de la forêt de Chaux, de Louis XIV et de l’exploitation forestière, avant qu’un plan détaillé, des panneaux explicatifs et plusieurs QR codes ne prennent le relais au fil du parcours. Les vidéos, réalisées par Dominique de Barral, ancien réalisateur à France Télévisions, permettent de découvrir chaque bâtiment à son rythme.
Le parcours conduit notamment à la baraque du bûcheron datant de 1537, à la maison du garde forestier, aux anciens fours à pain, à l’espace consacré à la verrerie ou encore au chantier de carbonisation, où les visiteurs découvrent les techniques utilisées pour fabriquer le charbon de bois.
D’autres installations, comme le chêne à vœux, l’arbre d’or ou la porte de Vitruve, ponctuent également la promenade et invitent à porter un autre regard sur la forêt. Le sentier permet ainsi de comprendre comment ce territoire vivait autrefois presque en autarcie, au rythme des saisons et des besoins des grands chantiers industriels.
Un patrimoine vivant tourné vers l’avenir
Les Baraques du XIV ne se limitent plus à la seule conservation du patrimoine. Chaque été, le site reprend vie avec son ouverture du 1er juillet au 30 août, avant l’organisation de la traditionnelle Fête des vieux métiers, le 15 août. Plus de vingt-cinq savoir-faire anciens y sont présentés, tandis que les charbonniers reproduisent les gestes de fabrication du charbon de bois. Le site accueille également des tournages de films, des documentaires et des reconstitutions historiques, profitant d’un décor resté remarquablement authentique.

Cette nouvelle vie n’efface pourtant pas les défis quotidiens. L’association s’appuie sur une centaine d’adhérents, mais les bénévoles réellement actifs restent trop peu nombreux pour poursuivre tous les travaux engagés. « On souffre du manque de bénévoles », reconnaît Dominique de Barral.
Plus de trente ans après le lancement de sa restauration, le hameau continue pourtant d’écrire son histoire. Là où vivaient autrefois les charbonniers, les visiteurs viennent désormais découvrir un patrimoine rare, témoin d’un mode de vie disparu. Une reconversion discrète, loin des grands équipements culturels, mais qui démontre qu’un site abandonné peut redevenir un véritable lieu de transmission et de mémoire grâce à la passion de quelques bénévoles
























