Ils étaient 650 cerveaux à réfléchir ensemble face à un défi de taille : les déserts médicaux et l’accès au soin de plus en plus difficile dans l’Ain. Jeudi 23 avril, la deuxième édition des “Rencontres des Pros de santé” a rassemblé les professionnels à Ainterexpo, à Bourg-en-Bresse. Avec, en introduction, un constat « simple et inquiétant » fait par le président du département Jean Deguerry : « Nous manquons cruellement de médecins et la population aindinoise est en forte croissance ».
Un bilan que la directrice départementale de l’Agence Régionale de Santé, Sidonie Jiquel, a amendé avec de nombreux chiffres : « Les projections de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) annoncent encore un creux critique de personnel d’ici 2028. Actuellement, la densité de médecins généralistes est de 5.8 pour 10 000 habitants dans l’Ain (8.2 au niveau national). Et 45 % des médecins ont plus de 60 ans ».

Un plan 4 000 maisons de santé pour 2027
Pour faire basculer cette pyramide des âges défavorable, Sidonie Jiquel a mis en avant trois axes d’action : « Il y a la formation des médecins, qui a augmenté de 30 % grâce à la fin du numerus clausus, l’accueil des étudiants, externes, internes et médecins juniors, qui vont arriver en nombre en 2027, et l’encouragement des structures regroupées, avec le plan 4 000 MSP (maisons de santé pluriprofessionnelles) pour 2027 ».
Damien Abad, vice-président du département en charge de la santé, a rappelé les actions concrètes effectuées : « On a créé un centre de santé à Nantua, car entre 5 et 10 000 personnes n’avaient plus de médecin. On a instauré des bourses, élargies aux infirmiers et aux kinés, pour attirer les étudiants. Et il y a eu la mise en place de la première année de faculté de médecine à Bourg-en-Bresse, en espérant qu’elle en appelle d’autres ».

Au-delà de la question de la démographie médicale, ces rencontres ont permis aux professionnels de s’informer sur plusieurs thématiques, afin de nourrir leurs pratiques en cabinets et hôpitaux. Des tables rondes ont pris place abordant la délégation d’actes, l’attractivité et la fidélisation des professionnels et l’impact environnemental dans la prévention et le soin. Des moments qui ont permis d’ouvrir la parole localement, alors qu’une Grande Consultation Santé a été lancée de manière inédite nationalement par l’association The Shifters.

« On ne parle jamais de la santé mentale des soignants, personne ne prend soin de nous », a notamment témoigné l’infirmière Stéphanie Masnada, présidente de l’association Les P’tits Doudous Bressans. Des questions diverses ont pu être lancées sur l’enjeu écologique du soin : « À quand s’ouvrir un peu plus sur l’herboristerie ? Il faut 5 000 litres d’eau pour fabriquer un médicament » ou « Est-il prévu d’adapter les emballages pour éviter les centaines de traitement qui traînent chez les gens ? ». Philippe Perrin, directeur de l’Institut de Formation en Santé Environnementale, a également pris la parole contre le retour de certains pesticides nationalement : « On est un million de soignants en France. Imaginons que 10 % d’entre nous se mobilisent, on aurait un vrai poids ».






















