Rubrique. Grands mots, grands remèdes : Saints

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Docteur Gérard Bouvier

Les 11, 12 et 13 mai nous fêtions Saint Mamert (1), Saint Pancrace (2) et Saint Servais (3).

Ils n’avaient nullement démérité -bien au contraire- quand vint éclater une bulle du pape Grégoire XIII qui les mit au rancard du Martyrologe romain. Ils eurent la sainteté de ne pas se plaindre et furent remplacés par les Saints Estelle, Achille et Rolande. Estelle passe encore. J’en connais et ce sont d’honnêtes filles (4). Mais Achille et Rolande ! Je te demande un peu !

Je n’ai pas les connaissances suffisantes pour juger du bien-fondé de ces chaises musicales du calendrier sanctoral et je ne m’y risquerais pas…

Dans la croyance populaire ces trois saints prévenaient d’un ultime sursaut de l’hiver toujours possible et d’une dernière fricasse avant qu’arrive le printemps (5). C’était gentil de nous avertir et nous vivions en parfaite harmonie avec ces saints du paradis dont on trouvera l’éloge en complément de cette rubrique sur www.hebdo39.net. Mais tout change et ce bel ordonnancement s’est retourné cul par-dessus tête.

Il y eut d’abord le licenciement du calendrier julien jeté dans les poubelles de l’Histoire. Un jour de 1582, nous passâmes du 4 octobre au 15 octobre. Dix jours nous filaient sous le nez sans coup férir (6). Ce fut un tel désordre que Sainte Thérèse d’Avila décédée le 4 octobre 1582 en Espagne ne put jamais rejoindre le Paradis dans les temps et n’y arriva que le lendemain 15 octobre.

Puis ce fut la décision de l’Église qui n’eut guère de considération pour les jardiniers et la protection des futures récoltes. Nos trois saints vénérés depuis le Moyen-Âge furent boutés dans les oubliettes du Vatican.

Enfin, arriva le réchauffement climatique qui s’amuse et installe le muguet en avril…

Et l’on s’étonne que les gens perdent leurs repères et fassent Pâques avant les Rameaux.

Notes pour compléter ce texte

(1) – Saint Mamert est un évêque de Vienne, au sud de Lyon, qui au Vème siècle organisa des journées de jeûne, de prières et de processions pendant trois jours avant l’Ascension. C’étaient des temps troublés avec des invasions barbares à tout bout de champs et pas mal de catastrophes naturelles. Ainsi naquirent les Rogations pour demander la protection de Dieu sur les récoltes et les populations.

(2) – Saint Pancrace, né vers la fin du IIIème siècle en Phrygie, a émigré à Rome avec son oncle. Là, il est devenu chrétien refusant de sacrifier aux dieux romains. Il fut décapité, à 14 ans, par les sbires de l’empereur Dioclétien en 304. Il est le symbole de ce qu’est parfois la foi courageuse de l’adolescence.

(3) – Saint Servais est né en l’an 300 en Arménie. Ses reliques sont conservées à Maastricht où se trouve son sarcophage dans une crypte qui fut honorée de la visite de plusieurs papes. C’est un sein très populaire du côté de la Belgique où dix-neuf églises et plusieurs localités portent son nom. On ne mesure pas leur désarroi quand saint Servais du laisser la place à sainte Rolande.

(4) – Sainte Eustelle plus communément appelée Saint Estelle (et c’est tant mieux) vivait à … Saintes en Charente-Maritime actuelle, qu’on appelait plus simplement « là-bas » au premier siècle. Elle choisit de se consacrer à Dieu. Mais son père voulait à tout prix la marier pour la faire trébucher loin de sa foi. Elle refusa tous les prétendants et son père, très énervé, la sacrifia dans les arènes de la ville où elle mourut en martyr. Il aurait été mieux inspiré de prendre un peu d’Euphytose.

(5) – Le dicton nous dit : « Saint Mamert, saint Pancrace, et saint Servais apportent la glace ». Certaines régions ajoutent saint Boniface le 14 mai. Chez nos voisins allemands on ajoute : avant Boniface pas d’été, après Sophie (fêtée le 15 mai) plus de gel. Et beaucoup ajoutent : « Ne plante jamais avant la froide Sophie ! ».

(6) – Le calendrier julien de Jules César comptait une année de 365 jours. On ajoutait un jour tous les quatre ans ce qui faisait une moyenne de 365,25 jours. C’était encore à peine trop et on prenait de l’avance… Depuis le concile de Nicée on souhaitait garder l’équinoxe vers le 21 mars. Mais au temps de Grégoire III l’équinoxe nous arrivait vers le 11 mars. À ce train là on fêterait bientôt l’armistice du 11 novembre pour la Toussaint ! Grégoire III se fendit d’une bulle en 1582 pour remettre les pendules à l’heure. Sur les conseils du jésuite astronome Christopher Clavius on décida de passer du jeudi 4 octobre au vendredi 15 octobre à condition que ce soit exceptionnel et que personne ne soit tenté d’en faire une habitude pour de mauvaises raisons.

Clavius fut récompensé. On donna son nom à un cratère de la Lune qui fait 225 km de diamètre quand même ce qui fait dire à la Marie-Madeleine qu’au bout du compte on ne s’est pas fichu de lui. Et je partage cet avis.

Sainte Thérèse d’Avila est morte à Alba de Tormes en Espagne le 4 octobre 1582. C’est pourquoi sa fête est célébrée le lendemain 15 octobre (pour ceux qui suivent). Ce changement de calendrier lui fit perdre 11 jours d’éternité.
Les russes, toujours plus malins, ne firent leur changement de date qu’en 1918. Résultat des courses : ils durent retirer 13 jours au lieu de 11 ! Vous avouerez que ça n’est pas très futé.