Invité de la semaine. Damien Abad veut « anticiper au mieux les crises » à Haut-Bugey Agglomération

Le 9 avril, Damien Abad a été élu nouveau président d'Haut-Bugey Agglomération. L'ex ministre des Solidarités et président du conseil départemental de l'Ain dévoile sa feuille de route, entre crise de l'eau, solidarité de la Plastics Vallée et urgence du Plui-H.

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Damien Abad est le nouveau président d'Haut-Bugey Agglomération depuis le 9 avril.

Que signifie cette élection dans votre parcours ? 

Pour moi, c’est l’ancrage territorial. J’aime le contact humain, agir sur le terrain et porter des projets concrets. C’est ma marque de fabrique, et c’est tout ce que je retrouve dans une présidence d’agglomération : le terrain, le dialogue et l’action.

Le sujet principal du moment est l’eau et l’assainissement, avec les multiples crises qu’a connu le territoire. Pouvez-vous nous parler de votre feuille de route, et des 100 millions d’euros à investir ?

On sait qu’on a énormément d’investissement à faire parce que, malheureusement, on a de nombreux défauts de conformité, des réseaux vieillissants, encore deux communes sans station d’épuration, et on a un contentieux européen sur le Plateau d’Hauteville. Si on ne fait pas ces travaux d’assainissement, ce sont les droits à construire qui vont s’arrêter : on ne pourra plus construire aucune maison dans le Haut-Bugey. Il faut qu’on prévoie un planning, on a commencé à poser les jalons et on le présentera à l’automne, pour pouvoir prioriser nos investissements. La priorité sera bien sûr au niveau du contentieux européen, pour éviter des pénalités de retard. Et, ensuite, c’est plus de 100 millions d’euros à engager, plus de huit millions d’euros par an, en travaillant avec l’agence de l’eau et l’État.

Toujours sur l’eau, un plan B est à l’étude pour mieux réagir à des crises comme celle de fin mars. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Il faut qu’on puisse anticiper au mieux les crises. La rupture de canalisation massive qui a eu lieu peut se reproduire. Il faut envisager un système éventuel de dérivation pour avoir des solutions de repli face à ce type de situation. On a des études qui sont en train d’être faites, et il y aura des investissements. L’or bleu est prioritaire : on doit aussi rattraper des retards de facturation, tout en stabilisant le prix de l’eau. Mon rôle est de pouvoir construire les investissements tout en évitant les hausses de prix.

Dans les autres priorités, il y a l’industrie. Face à la crise du plastique, et dans le contexte de la concurrence internationale, quelle pourrait être la valeur ajoutée de la Plastics Vallée ? 

C’est la qualité, la performance, le high-tech, l’innovation, le plastique intelligent… Beaucoup d’entreprises ont déjà pris ce virage, il faut l’accentuer, en mettant en avant le développement durable également. On a un problème de contexte géopolitique défavorable, avec des blocages de matière et des prix qui augmentent. La difficulté est la gouvernance de la plasturgie. On a besoin de retrouver une gouvernance locale, avec tous les acteurs autour de la table. Il faut qu’on réapprenne à chasser en meute, à mettre de la solidarité entre nos entreprises, et entre les entreprises et le territoire. Par exemple, il y a six alternants à l’Insa qui n’ont pas trouvé de boîte : c’est un mauvais signal qu’on envoie à un moment où on a besoin de main d’œuvre sur le territoire. Il faut que l’agglomération retrouve son rôle de pilote économique du territoire.

Au niveau de l’aménagement, quelles seront les priorités à mettre en avant dans la construction du futur Plui-H ?

Il faut déjà qu’il soit adopté et accepté par l’État et les communes. Aujourd’hui, il y a eu deux avis négatifs, qui font qu’on est dos au mur et qu’on doit absolument faire adopter un Plui-H, si on ne veut pas que le développement s’arrête dans nos villages. Pour ça, on va organiser un tour des communes avec Philippe Emin (NDLR : maire de Plateau d’Hauteville, vice-président en charge de l’aménagement du territoire) à la rentrée, pour entendre leurs souhaits et leur rappeler nos exigences et nos contraintes. L’enjeu, c’est qu’on puisse permettre à nos nouvelles générations d’accéder au logement chez nous. C’est bon pour nos commerces, nos écoles et nos villages. Aujourd’hui, on ne peut plus avoir de foncier disponible inutilisé. Garder un terrain constructible pendant quinze ans sans rien faire dessus, ce n’est plus possible, il y a des risques de déclassement.

Concernant l’organisation des services, quelle directive souhaiteriez-vous donner ? 

On ne doit pas être en back-office, on doit être en front office, au-devant de la population. Même si on n’est pas élus au suffrage universel direct, on a besoin de cette proximité et de ce contact avec le terrain. C’est la feuille de route que j’ai donnée à mon administration : être au contact et apporter des solutions concrètes à la vie des gens. Les compétences qu’on a, c’est la vie des gens : l’eau, les ordures ménagères, les équipements sportifs, l’accès à la culture, le développement du tourisme, la possibilité de construire… HBA a été créée en rassemblant quatre EPCI : je ne veux plus que ce soit un objet lointain non identifié. On a besoin que ce soit quelque chose d’incarné.

Lors de votre discours de présentation au poste, vous avez déclaré que vous ne seriez pas candidat à une élection nationale. Aujourd’hui, votre priorité est de rester dans le Haut-Bugey ? 

Totalement, et plus que jamais.