
Présente depuis 56 ans dans la Plastic Vallée, la société Chapelu conçoit, fabrique et vend des produits de jardin et d’horticulture. Fabriqués en polypropylène à 95 %, ces contenants et autres objets décoratifs subissent de plein fouet les conséquences de la crise pétrolière due au conflit au Moyen-Orient. Olivier Tonin, qui a racheté l’entreprise il y a un peu plus d’un an, explique le processus qui met en difficulté sa société : « La première conséquence du conflit a été la hausse brutale des prix des matières plastiques, avec une spéculation faite par les distributeurs européens sur du stock européen. Ils ont profité de la conjoncture ».
Ces producteurs, présents aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Pologne, voient désormais leur stock grandement diminuer. « Ce stock s’amenuise, on a des difficultés pour importer le pétrole et le gaz, qui vient en partie d’Iran. Une grosse partie passe par le détroit d’Ormuz et une plus petite de l’autre côté, en mer noire par le canal de Suez », renseigne le chef d’entreprise.
Deux kilos de pétrole pour un kilo de plastique
La PME, qui emploie environ 45 personnes à Oyonnax, dans un site de 16 000 m2, vit du plastique et est donc dépendante du pétrole. « Le polypropylène est fabriqué à partir de pétrole ou de gaz, principalement de pétrole : à partir d’une molécule, la naphta, qui est issue du craquage du pétrole dans les hauts fourneaux des raffineries. Pour résumer, pour faire un kilo de plastique, il nous faut deux kilos de pétrole », rappelle Olivier Tonin.
Le prix de ces polypropylènes, utilisés dans la jardinerie, mais aussi l’automobile (pare-chocs, tableaux de bord), a grimpé d’environ 80 % depuis le début du conflit. Une donnée qui oblige la société Chapelu à s’adapter : « On fait attention à ce qu’on va produire. Les pièces de très gros volume, qui nécessitent beaucoup de matière, on essaie de les diminuer ou de les arrêter. On se focalise sur des séries de pièces plus légères, moins consommatrices », indique le dirigeant.

Au-delà de la flambée des prix, la deuxième conséquence qui plane au-dessus du milieu de la plasturgie est la pénurie de matière. « À notre niveau, il n’y a pas d’alerte rouge, mais on surveille quand même l’évolution du conflit. On essaie de sourcer dans d’autres pays, comme en Arabie Saoudite. De la matière arrive également de Corée du Sud ou d’Amérique du Sud. Surtout, les États-Unis ont augmenté leurs exportations de pétrole de 30 % depuis le début du conflit ».
Si Chapelu essaie de jouer sur ses marges, l’augmentation de ses prix est inévitable. Une donnée que la société essaie de faire comprendre à ses clients : les grandes enseignes de jardinerie comme Truffaut, Botanic, Point Vert… ou les horticulteurs du bassin angevin et du Sud-Ouest. « Il faut essayer de faire passer ces hausses de prix, en sensibilisant nos clients… C’est la survie de notre entreprise qui est en jeu. On reçoit un soutien juridique important du syndicat Polyvia, qui nous aide à rédiger des courriers et à transmettre des informations chiffrées à nos clients ».
La société Chapelu, tout comme l’ensemble des entreprises de la Plastic Vallée, essaie de survivre à cette nouvelle crise, amenée à durer : « Des usines ont été détruites, il y aura de la reconstruction. Le flux d’avant-guerre se rétablira progressivement, sur plusieurs mois », anticipe Olivier Tonin.
























