Les dernières migrations

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Mi-décembre, dimanche matin, 5h30. Fugace retour dans le passé.
Il y a une vingtaine d’années à cette même heure, en ce même lieu, enivré des différents excès d’un pourtant quelconque samedi soir sur la terre, aléatoirement accompagné, j’allais me coucher.
Aujourd’hui, toujours à cette même heure, toujours en ce même lieu, dans une maison silencieuse, je me lève pour partir à la pêche.
En ouvrant les volets, je constate avec bonheur que l’aurore n’a pas changé.
Ses couleurs sont restées les mêmes, ses nuances sont toujours aussi subtiles, aussi contrastées, aussi indéfinissables. Son parfum est rassurant. Connexion aux éléments.
La nuit s’évapore, on sent poindre l’odeur si particulière de la neige, les lampadaires vont bientôt s’éteindre.
Au loin quelques phares épars se détachent de l’obscurité déclinante en traversant l’horizon. Parmi ces points lumineux mouvants, certainement quelques-uns partent au travail, comme certainement quelques amoureux rentrent froisser leurs draps. Chacun son rôle, chacun sa période… C’est la règle du jeu.
Tout n’est qu’une question de cycles et d’événements. Un peu de chance aussi parfois.
L’opportunisme des destinées en quelque sorte.
Puis vient la grande bascule vers le jour, avec en ligne de mire, cette célébration du solstice. Le retour vers la lumière qui, minute par minute, semaine après semaine, va insidieusement remporter sa bataille contre l’armée des ombres. Comme une victoire sur les chimères du passé.
Ainsi le dimanche va s’écouler : intangible, prévisible mais réconfortant.
Cet après-midi nous irons à la jardinerie, emmener les enfants admirer les décorations colorées dédiées aux fêtes de fin d’année. Nous réjouir, et eux s’émerveiller par avance, des jolies choses, à une dizaine de jours de noël. Invitation à profiter d’une parenthèse d’insouciance pour qui le peut encore. Réintégration dans le présent.
J’arrive au bord de l’eau. La nature s’éveille. Au loin passe un vol d’oies sauvages. Ce sont les dernières migrations.
Dans un incroyable vacarme, elles s’en vont, elles fuient vers le sud, en quête de chaleur, de quiétude, de réconfort. A la recherche d’un paradis perdu.
J’aurais aimé les suivre. Qu’elles m’emmènent, avec elles.
En partance vers des jours meilleurs…