Édito mag 39

Les dernières migrations

248

Mi-décembre, dimanche matin, 5h30. Fugace retour dans le passé.
Il y a une vingtaine d’années à cette même heure, en ce même lieu, enivré des différents excès d’un pourtant quelconque samedi soir sur la terre, aléatoirement accompagné, j’allais me coucher.
Aujourd’hui, à cette même heure, en ce même lieu, dans une maison silencieuse, je me lève pour partir à la pêche.
En ouvrant les volets, je constate avec bonheur que l’aurore n’a pas changé.
Ses couleurs sont restées les mêmes, ses nuances sont toujours aussi belles, aussi subtiles, aussi indéfinissables. Connexion aux éléments.
La nuit s’évapore, on sent poindre l’odeur si particulière de la neige, les lampadaires s’éteignent.
Au loin quelques phares épars se détachent de l’obscurité déclinante en traversant l’horizon. Parmi ces points lumineux mouvants, certainement quelques-uns partent au travail, comme certainement quelques amoureux rentrent froisser leurs draps. Chacun son rôle, chacun sa période… C’est la règle du jeu.
Puis vient la grande bascule vers le jour. Le retour vers la lumière qui, minute par minute, semaine après semaine, va insidieusement remporter sa bataille contre l’armée des ombres. Comme une victoire sur les chimères du passé.
Ainsi le dimanche va s’écouler : intangible, prévisible mais rassurant.
Cet après-midi nous irons à la jardinerie, emmener les enfants admirer toutes les décorations colorées, dédiées aux fêtes de fin d’année. Nous réjouir, et eux s’émerveiller par avance, des jolies choses, à une dizaine de jours de noël. Profitons, elles sont si rares…
Réintégration dans le présent.
J’arrive au bord de l’eau. La nature s’éveille. Au loin passe un vol d’oies sauvages. Ce sont les dernières migrations.
Dans un incroyable vacarme, elles s’en vont, elles fuient vers le sud, en quête de chaleur, de quiétude, d’insouciance. A la recherche d’un paradis perdu.
J’aurais tant voulu les suivre. Qu’elles m’emmènent, avec elles.
En partance vers des jours meilleurs…