Jura. Le MEDEF pousse à des réformes structurelles

Patrick Martin, le président national du Mouvement des Entreprises de France était l’invité de l’Assemblée régionale du MEDEF "Territoires Comtois" le 21 mars à la Saline royale d’Arc-et-Senans.

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Patrick Martin Président national du MEDEF et Emmanuel Vieillard Président du MEDEF "Territoires Comtois" à la Saline Royale d'Arc-et-Senans le jeudi 21 mars 2024 ©YQ

Le Medef regroupe dans toutes les branches professionnelles 190 000 entreprises. Souvent identifié comme la courroie de transmission des grandes entreprises du CAC40, le mouvement des entrepreneurs compte essentiellement des PME. La moyenne des effectifs est de 47 salariés. « Nous avons besoin de ces grands groupes pour faire vivre le tissu des PME et des TPE de l’industrie, du commerce, des services, du conseil… » souligne Patrick Martin. L’organisation patronale compte sur 119 implantations territoriales pour avoir le pouls au quotidien de l’économie réelle. Ce qui fait dire à Patrick Martin « Le Medef est le meilleur observatoire en temps réel de l’activité économique en France ».

Plus de 200 chefs d’entreprises francs comtois réunis à la Saline d’Arc-et-Senans

L’accueil d’Emmanuel Vieillard, Président régional du MEDEF, était chaleureux malgré un contexte économique, social et politique qui ne pousse pas à l’optimisme.

Monsieur Veillard, comment percevez-vous la situation économique en Franche-Comté ?

Les entreprises franc-comtoises ont une grande capacité de résilience. La présence de nombreux dirigeants d’entreprise aujourd’hui à la Saline démontre leur envie de s’appliquer à trouver les bonnes solutions, à porter la voix de l’entreprise. Dans le mot « entreprendre », il y a « dynamisme ».

Nous sommes dynamiques parce que nous n’avons pas le choix

En Franche-Comté, nous avons de nombreuses entreprises de petite taille disséminées dans les territoires. Nous sommes aussi reconnus comme un territoire d’industrie porté par l’industrie automobile, la mécanique, la plasturgie.

La Franche-Comté est l’une des rares sous-régions de France à avoir une balance commerciale excédentaire avec la Suisse et l’Allemagne, grâce à ses talents et ses savoir-faire. La Franche-Comté est riche de ses entrepreneurs !

La bande frontalière est en difficulté ?

L’aspiration du marché suisse est une vraie difficulté pour les entreprises du Haut-Doubs. Compte tenu de la démographie en Suisse, cette évasion des talents de l’autre côté de la frontière n’est pas prête de se tarir.

Pour réduire l’écart des salaires et des charges, le MEDEF réfléchit à plusieurs propositions comme l’instauration de zones franches dans les territoires frontaliers de la Suisse (Haut-Rhin, Doubs, Jura, Ain et Haute-Savoie). Nous souhaitons également revoir le financement de l’assurance chômage prise en charge par les Assedic sur la base des salaires en Suisse. Il n’est pas normal que ce soit les entreprises et les salariés en France qui paient l’assurance chômage des frontaliers.

Monsieur Martin, comment voyez-vous l’évolution dans le secteur de la construction et du bâtiment ?

Si les taux d’intérêt ont actuellement tendance à se tasser, nous sommes loin d’une reprise de l’activité à court terme. Il faut du temps pour les mises en chantier. Par ailleurs, les mesures de soutien aux investisseurs sont remises en question ; ils sont nombreux à se retirer d’un marché dans lequel ils n’ont aucune visibilité, en particulier sur la fiscalité.

Quant au secteur de la rénovation, l’absence de signaux clairs de l’État est problématique. Par exemple, sur le dispositif « MaPrim’Renov’ » qui se modifie d’un mois sur l’autre ! Il est également aberrant de constater la baisse des ventes de pompes à chaleur alors même que cela s’inscrit dans une transition énergétique vertueuse. Par ailleurs, le nombre de transactions baisse dans l’ancien. Toutefois, de mon point de vue, la situation est provisoire…la France a besoin de logements.

On reproche au Medef d’ouvrir largement les frontières à l’immigration, une manière de maintenir les bas salaires, que répondez-vous ?

Tout d’abord, il convient de rappeler que le problème démographique est un fait, une tendance lourde. La population active diminue et la population inactive augmente du fait de l’augmentation de l’espérance de vie. Notre pays doit se poser la question du financement de notre modèle social assis essentiellement sur les salaires : moins d’actifs, c’est moins de cotisations !

On veut nous installer dans une caricature de main d’œuvre à bas prix, c’est totalement faux

Premièrement, la question est de faire venir ou revenir vers l’emploi les personnes présentes sur le territoire national. C’est l’un des objectifs de la réforme des retraites. Cela passe aussi par la formation. Le Medef et ses branches professionnelles, forment chaque année des centaines de milliers de jeunes et des demandeurs d’emploi en apprentissage, du CAP au Master.

Mais nous manquons d’ingénieurs, de chercheurs, de multiples talents. L’immigration économique choisie sur des profils hautement qualifiés est aussi une réponse à la baisse démographique.

Un challenge économique ambitieux

Face à la puissance de feu impressionnante de la Chine sur les véhicules électriques ou les panneaux photovoltaïques, l’Etat français doit accompagner les entreprises françaises à être plus attractives pour réindustrialiser le pays. Cela passe par une refonte du financement de notre modèle social sur une base plus large, qui ne repose pas uniquement sur les salaires. La baisse en 2023 des recettes fiscales de l’impôt sur les sociétés et de la TVA sont la démonstration d’une baisse de la croissance.

Et Patrick Martin de conclure « On ne peut pas demander aux entreprises d’investir, d’embaucher, d’augmenter les salaires, d’innover si on continue à leur mettre des boulets aux pieds ».

Propos recueillis par Yves Quemeneur

 

« Nous sommes dynamiques parce que nous n’avons pas le choix »

L’accueil d’Emmanuel Vieillard, Président régional du MEDEF, était chaleureux malgré un contexte économique, social et politique qui ne pousse pas à l’optimisme. L’occasion pour l’intéressé de résumer la situation économique en Franche-Comté : « Les entreprises franc-comtoises ont une grande capacité de résilience. La présence de nombreux dirigeants d’entreprise aujourd’hui à la Saline démontre leur envie de s’appliquer à trouver les bonnes solutions, à porter la voix de l’entreprise. Dans le mot « entreprendre », il y a « dynamisme ». En Franche-Comté, nous avons de nombreuses entreprises de petite taille disséminées dans les territoires. Nous sommes aussi reconnus comme un territoire d’industrie porté par l’automobile, la mécanique, la plasturgie. La Franche-Comté est l’une des rares sous-régions de France à avoir une balance commerciale excédentaire avec la Suisse et l’Allemagne, grâce à ses talents et ses savoir-faire. La Franche-Comté est riche de ses entrepreneurs ! ».

Toutefois, le président régional admet que des réflexions autour de la bande frontalière sont en cours : « L’aspiration du marché suisse est une vraie difficulté pour les entreprises du Haut-Doubs. Compte tenu de la démographie en Suisse, cette évasion des talents de l’autre côté de la frontière n’est pas prête de se tarir. Pour réduire l’écart des salaires et des charges, le MEDEF réfléchit à plusieurs propositions comme l’instauration de zones franches dans les territoires frontaliers de la Suisse (Haut-Rhin, Doubs, Jura, Ain et Haute-Savoie). Nous souhaitons également revoir le financement de l’assurance chômage prise en charge par les Assedic sur la base des salaires en Suisse. Il n’est pas normal que ce soit les entreprises et les salariés en France qui paient l’assurance chômage des frontaliers. »