Rubrique. Grands mots, grands remèdes. Ça sent le printemps

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Après les jonquilles (les campenottes ou les pipes jaunes (1) pour les gens d’ici), voici
venu le temps du muguet.
La nature se revêt de ses plus belles clochettes pour séduire les promeneurs.
Le muguet au XIIe siècle était le musguet. Son nom venait de la « noix
muguette » issue de la noix muscade (2) en raison du parfum de sa fleur reniflé
comme très proche. S’il est une fleur un brin vénérée, c’est bien le muguet qui, dit-
on, porte bonheur (3).
Dans la Grèce antique, Apollon, dieu des Arts, de la Musique et de la Beauté
masculine (sic) aurait tapissé de cette fleur divine, le Mont Parnasse pour que ses
copines les Muses ne se blessent pas les pieds en traversant les voies. C’était avant
les passages souterrains. Une délicate attention et on peut considérer qu’il inventa
ce jour-là, le paillasson. En tout cas s’il ne l’inventa pas vraiment reconnaissez avec
moi que depuis cette initiative l’idée était dans l’air… Et c’est probablement à l’ingéniosité bienveillante de ce paillasson que la station doit son nom de Montparnasse-Bienvenüe. Mais je déraille…
Pourquoi cette tradition d’offrir trois brins de muguet le premier mai ? (4)
La première réponse qui vient à l’esprit c’est qu’offrir sept brins serait une dépense
importante et si porter bonheur est sympa, ruiner le généreux bienfaiteur l’est
beaucoup moins. D’autant que le succès de l’entreprise n’est jamais garanti : on a vu
des dulcinées tomber de haut dans les heures qui ont suivi l’offrande d’un bouquet
(5). Tout se passe comme si ça ne marchait pas à tous les coups !
Pourquoi le premier mai ? Deux raisons sautent aux yeux : à la Toussaint le muguet
ne ressemble plus à rien. D’autre part le premier mai étant la fête du Travail il aurait
été pince sans rire et un rien provocateur que ça tombe le premier avril.
Notes pour une compréhension définitive du texte :
(1)- Les campenottes sont les jonquilles en Comté. Mais le terme peut désigner aussi
dans certains cantons peu regardants les narcisses et même les coucous. Le
principe est d’être une fleur à clochette, à campène en parler d’ici.
Une campène est une grosse cloche de vache. Henry TOURNIER dans son livre Le
Pain de la Commune en parle avec tendresse : Un grelot de ferraille, au son sourd
et fêlé, était attaché à son collier de cuir usé, tandis que tintinnabulaient
joyeusement, dans la fraîcheur du soir, les campènes d’airain de ses fières
congénères.
Une campène fait du bruit et il n’en fallut pas plus à nos facétieux ancêtres pour
donner aussi le nom de « campène » à.… nos femmes bavardes. Comme on en
rencontre parfois chez nous.
(2)- La muscade est d’utilisation assez récente. Elle a été importée par les arabes au
Moyen-Âge. Outre son goût exotique très prisé, elle est une noix célébrée par les
anciens pour ses propriétés thérapeutiques au point de devenir en 1681 une
panacée ce qui est un peu surjoué. On pensait à l’époque que cette noix ne pouvait
être plantée. Pour sa reproduction elle devait être avalée tout rond par un oiseau
dévoué qui allaient ensuite nous la rendre dans sa fiente, enrobée de sécrétions
visqueuses qui allaient donner à la noix tout son élan arbustif. Aujourd’hui plus
personne ne croit à cette histoire à la noix.
(3)- Originaire du Japon le muguet est classé porte-bonheur de force 5 depuis les
Celtes chez qui il annonçait l’arrivée du printemps avec tous les bonheurs qui s’en
suivent. Il faudrait soi-disant que le brin porte 13 clochettes pour être prometteur à
100 % d’un bonheur garanti. Ne nous embarrassez pas avec ça, il y a des gens qui
font la queue… C’est un attrape-nigauds, une foutaise ! Comme le montre une
expérience très simple. Le premier mai soyez treize à table et échangez des brins de
muguet à treize clochettes. Comptez les morts et expliquez-moi le porte-bonheur.
(4)- Depuis le Moyen-Âge on offre des brins de muguet pour le premier mai à ceux
qui pour des raisons diverses le méritent. Le 1er mai 1561 le roi Charles IX qui n’a pas
encore onze ans se voit offrir des brins de muguet pour lui porter bonheur. Le royal
gamin trouve ça sympa et il instaure la tradition. Mais c’est sous son règne qu’on
déplora en 1572 le massacre de la Saint Barthélémy et il mourut à 24 ans. C’est bien plus tard que les brins de muguet ont cessé de porter la poisse pour commencer à
vraiment porter bonheur.
(5)- Si le muguet porte à ce point bonheur comment feriez-vous pour l’expliquer à la
veuve de Henri-Marie Ducrotay de Blainville, zoologiste et anatomiste français mort
le premier mai 1850. Il fut membre de l’Académie des Sciences et on lui doit la
classification modernes des Mammifères comme vous et moi. C’est bien la preuve
que la tradition, d’accord ! Mais ça ne fait pas tout…