
C’est une mobilisation d’une ampleur inédite, qui fera date dans l’histoire des collèges de Nantua et Montréal-la-Cluse. Jeudi 21 mai, aucun enseignant ni personnel de vie scolaire n’est allé travailler à Xavier Bichat et Théodore Rosset : « du jamais vu en 25 ans », pour Marie Elana, professeure depuis 2002 à Nantua. « Quand il y a des appels nationaux, les grèves sont très peu suivies au collège de Nantua. Là, il y a eu un ras-le-bol général qui a mobilisé », explique l’enseignante d’anglais. En cause, le climat de violence et l’épuisement du personnel qui sévit dans les deux établissements depuis deux à trois ans : « Jusque-là, c’était relativement tranquille, mais, maintenant, on a des menaces de couteaux, des bagarres assez violentes, des insultes envers le personnel ou entre élèves, des postures menaçantes envers les professeurs », énumère l’enseignante.
« À 30, on fait de la discipline »
À Xavier Bichat cette année, deux enseignants ont été menacés, sur les réseaux sociaux, d’être plantés au couteau. Des faits qui sont parfois sanctionnés trop légèrement ou trop tardivement, selon l’enseignante : « On dû mal à sanctionner avec les moyens qu’on a. Les conseils de discipline arrivent un peu tard, avec l’appel à contradictoire. Parfois, il n’y a pas de conseil, ça débouche sur un avertissement ou un blâme. Les élèves s’en fichent, c’est comme s’ils n’avaient rien ». Ces cas exceptionnels s’ajoutent au climat quotidien de défiance que doivent affronter tous les personnels : « Il y a beaucoup d’incivilités en dehors des cours, dans les couloirs envers les agents, et des dégradations », raconte Marie Elana.
À Théodore Rosset et Xavier Bichat, qui accueillent respectivement 600 et 360 élèves, la mobilisation a été conjointe, car les problèmes et les causes sont identiques. « On a les mêmes problématiques, avec des classes surchargées. Pousser les classes à 30-31 élèves, ça devient ingérable. À 30, on fait de la discipline, on n’est plus dans le pédagogique, comme on peut l’être à 22-23 », déplore l’enseignante. Face à ces classes toujours plus nombreuses et agitées, le personnel s’épuise, entraînant un cercle vicieux dans les établissements : « C’est un collège où il y avait très peu d’arrêts-maladies. Là, il y en a de plus en plus. Et les remplacements ne suivent pas. La secrétaire de direction est en arrêt depuis septembre, et a été remplacée uniquement par des contractuels. On en est à quatre secrétaires en un an, avec des mois où il n’y en avait pas du tout », retrace Marie Elana.
L’espoir d’un classement en REP +
L’augmentation des moyens est donc la première revendication des personnels mobilisés. Une hausse qui pourrait être permise par le classement en REP +, que les professeurs appellent de leurs vœux. « On en rêve, on l’a demandé et, au niveau des catégories socio-professionnelles, on devrait l’être. On est au même niveau que les collèges d’Oyonnax qui le sont. Mais c’est une question de moyens », regrette la professeure. Suite à l’annonce de la dotation horaire globale d’avril, les personnels de Xavier Bichat avaient obtenu une audience au rectorat, sans succès. Cette fois-ci, suite à la grève, c’est le personnel de Montréal-la-Cluse qui ira défendre les revendications des deux collèges au rectorat. « On n’a pas beaucoup d’espoir, mais on s’est dit qu’il fallait au moins alerter les parents et dire qu’on n’est pas d’accord. Ça se banalise, et on a envie de réagir », conclut Marie Elana.






















