
Au détour d’une allée du Salon international de l’agriculture, porte de Versailles à Paris, un petit bout de Jura s’est installé entre les stands. Quelques mètres carrés à peine, mais assez pour faire voyager. Un morceau de comté, une tranche de morbier, un verre de vin jaune, des paysages affichés sur les murs, des producteurs passionnés et, surtout, des Jurassiens fiers de raconter leur territoire.
C’est précisément dans ce genre de moments que l’on croise les ambassadeurs du Jura. Des femmes et des hommes qui vivent ailleurs, parfois à Paris, parfois encore plus loin, mais qui gardent avec le département un lien fort, intime et durable.
Créé à l’initiative du Département du Jura, le Club des ambassadeurs rassemble celles et ceux qui continuent, à leur manière, de faire rayonner le territoire loin de ses frontières. « L’idée du club des ambassadeurs est venue suite aux soirées de l’économie et aux opérations que l’on mène à l’extérieur, comme le Salon de l’agriculture », explique le Département. « Le président, Gérôme Fassenet, s’est dit qu’il fallait pouvoir convier la diaspora jurassienne, les Jurassiens qui occupent des emplois importants ou non, mais qui gardent une vraie attache avec le territoire. »
L’objectif est simple : créer un réseau de personnes qui vivent hors du Jura mais qui ont envie de parler du département, de le valoriser et de faire vivre son image là où elles se trouvent.
Un attachement qui ne s’efface jamais
Pour beaucoup d’ambassadeurs, le Jura n’est pas seulement un lieu d’origine. C’est un repère, une mémoire, parfois même une source d’inspiration.
Marc Ozias en est l’exemple parfait. Fondateur de la Maison Ozias, spécialisée dans la maroquinerie française, il vit aujourd’hui à Paris. Pourtant, son histoire reste profondément liée au Jura.
« J’ai vu mes parents, pendant toute leur vie, s’engager beaucoup dans la vie associative dans le Jura, faire vivre la vie locale. J’ai grandi là-bas, j’ai toute ma famille là-bas. C’est un département que j’aime vraiment profondément », confie-t-il.
Né à Lons-le-Saunier et très attaché à la région de Saint-Claude, Marc Ozias voit même dans le Jura l’origine de sa vocation professionnelle. « Le métier que je fais aujourd’hui, je le dois en partie au Jura. Tous mes sacs à main sont faits à partir de bois. Et ça, je le dois à mon papa, qui était très amateur de bûcheronnage pendant mon enfance. »
Il ajoute avec émotion : « C’est un moyen pour moi de rendre un peu l’appareil et de montrer que c’est grâce au Jura si je fais ce métier-là aujourd’hui. »
À ses côtés, Marlène Masure partage la même fidélité au territoire. Née à Champagnole et élevée à Mouthe, elle a occupé le poste de directrice générale Europe pour Tik Tok. Pourtant, malgré une carrière construite loin du Jura, elle continue de porter le département dans son quotidien.
« J’étais ravie de pouvoir découvrir tous ces savoir-faire et voir les personnes qui sont à l’œuvre », raconte-t-elle après l’inauguration du stand jurassien au Salon de l’agriculture. « Les producteurs viennent raconter leur histoire, ils partagent leur passion, et je trouve cela très enthousiasmant. Et puis on a le plaisir de se régaler avec tous les bons produits du Jura. »
Pour elle, devenir ambassadrice est aussi une manière de transmettre cet attachement à sa famille. « Une de mes filles a décidé de se marier dans le Jura l’année prochaine, parce qu’elle a appris à aimer aussi ce département. Nous serons très heureux de faire découvrir à notre cercle proche la réalité du Jura, la beauté de ses paysages et la qualité de ses produits. »
Bien plus qu’une vitrine gastronomique
Si le Jura est souvent identifié à ses fromages, à ses vins ou à ses paysages, le Club des ambassadeurs veut aller plus loin. Il ne s’agit pas seulement de promouvoir le terroir, mais aussi les savoir-faire, les entreprises, la qualité de vie et les talents du territoire.
« L’idée, c’est vraiment de mobiliser les Jurassiens de l’extérieur », souligne le Département. « On a des profils très différents : une Jurassienne en poste à l’ambassade de France à Washington, des dirigeants d’entreprise, des personnalités du numérique, des chefs, des sportifs. »
Parmi les ambassadeurs déjà identifiés figure notamment le biathlète Quentin Fillon-Maillet. « Il est à la limite des personnes que nous acceptons dans ce club, car le principe est justement que les ambassadeurs n’habitent pas dans le Jura », explique le Département. Le champion conserve toutefois ce statut car il contribue, à travers sa carrière internationale, à faire rayonner le nom du Jura bien au-delà des frontières françaises. Car il existe bien un critère de sélection : ne pas être domicilié dans le département. Tous ont cependant un point commun : ils parlent du Jura avec fierté.
« Ce qui nous a interpellés, c’est que d’autres territoires le font déjà très bien », poursuit le Département. « Les Auvergnats, par exemple, ont cette capacité à se retrouver, à faire réseau, à mettre en avant les personnes du même territoire. C’est cet esprit-là que l’on veut créer. »
Ainsi, demain, un ambassadeur pourra recommander un restaurant tenu par un Jurassien, organiser une rencontre entre entrepreneurs, accueillir d’autres ambassadeurs dans son entreprise ou simplement porter les couleurs du département lors d’un événement.
« Il n’y a pas de mission officielle ni de rôle institutionnel », rappelle le Département. « Tout est dans le symbole. L’ambassadeur du Jura ne représente pas le Jura au sens politico-administratif. Celui qui représente le Jura, c’est le président du Département. L’ambassadeur, lui, transmet une fierté. »
Un réseau encore jeune, mais déjà prometteur
Lancé officiellement à l’automne dernier, le Club des ambassadeurs en est encore à ses débuts. La première rencontre a eu lieu lors de l’inauguration du stand jurassien au Salon international de l’agriculture, le 24 février dernier.
« On est vraiment au début », insiste le Département. « Mais cela a vocation à vivre, à se structurer et surtout à être porté aussi par les ambassadeurs eux-mêmes. »
À terme, le réseau pourrait prendre de nombreuses formes : événements à Paris, rencontres entre professionnels, soirées thématiques, relais sur les réseaux sociaux ou encore opérations communes lors de grands rendez-vous nationaux.
« Demain, on peut imaginer qu’un ambassadeur organise lui-même une rencontre dans son entreprise ou dans sa ville », explique le Département. « L’idée, c’est de créer de l’autonomie et de permettre aux ambassadeurs de s’approprier le dispositif. »
Car derrière cette démarche, il y a aussi une conviction forte : le Jura possède une image positive et attractive, qu’il faut continuer à faire grandir.
« Quand des gens à Paris disent que le Jura, c’est bien, cela renforce la notoriété du territoire », rappelle le Département. « On l’a vu avec les affiches dans le métro ou avec les drapeaux brandis au Stade de France ou sur le Tour de France. Cette fierté permet de rayonner. »
Une autre manière d’aimer le Jura
Finalement, le Club des ambassadeurs raconte peut-être quelque chose de très simple : on peut quitter un territoire sans jamais vraiment le quitter.
Le Jura continue d’accompagner celles et ceux qui en sont partis. Il reste dans les souvenirs d’enfance, dans les repas partagés, dans les paysages que l’on retrouve à chaque retour. Il s’invite dans les conversations, dans les rencontres, dans les projets.
« Quand on vit à Paris, le Jura n’est pas là », résume Marc Ozias. « Et là, sur le stand, on a l’impression d’avoir dix mètres carrés de territoire avec tout le monde qui est très fier d’être là. C’est très touchant. »
Cette émotion, discrète mais sincère, est sans doute le meilleur moteur du Club des ambassadeurs. Parce qu’au fond, être ambassadeur du Jura, ce n’est pas porter un titre. C’est simplement continuer, où que l’on vive, à parler du territoire avec le cœur.
























