
Et si, pour comprendre son village, il suffisait de ralentir ? Depuis 2024, les différentes agences du centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) de Bourgogne-Franche-Comté organisent des “balades sensibles”. Leur principe : parcourir une commune en mobilisant la vue, l’ouïe ou encore le toucher pour interroger les liens entre urbanisme, environnement et santé. « C’est un outil qui permet de percevoir sa ville ou son village autrement », explique Floriane Karas, responsable du secteur accompagnement des territoires au CPIE Bresse du Jura.
Concrètement, cinq à dix arrêts sont préparés en amont. Ici, les participants ferment les yeux pour écouter les bruits. Là, ils comparent la température d’un trottoir bitumé avec celle d’une bande enherbée. Ailleurs, couleurs, odeurs ou végétation sont observées. « Ce sont des activités plutôt sensorielles et d’observation », poursuit Floriane Karas. L’objectif n’est donc pas d’établir un diagnostic technique, mais de faire émerger des ressentis.
Cette année, le CPIE a notamment posé ses valises à Sellières et L’Étoile. Huit personnes ont participé à la première balade et dix à la seconde, avec habitants et élus. « C’est de faire un peu un pas de recul sur notre environnement familier et immédiat pour essayer de le voir autrement », résume Bastien Elie-Ragobert, chargé d’accompagnement des territoires.
Du vert… et le bruit des voitures
Les dernières sorties ont justement fait ressortir des perceptions communes. Après les fortes chaleurs estivales, les espaces végétalisés ont particulièrement été appréciés. À Sellières, près du city-stade, la différence était même palpable : végétation et proximité de la rivière faisaient chuter la température de plusieurs degrés.
À l’inverse, un élément s’est imposé aux oreilles : la voiture. À L’Étoile, le trafic était audible à chacun des points étudiés. À Sellières, même éloignés des grands axes, les participants percevaient l’autoroute, la quatre-voies ou des équipements commerciaux. Près de la poste, le bruit des décélérations et réaccélérations a particulièrement marqué le groupe. « Le paysage sonore était totalement saturé », constate Bastien Elie-Ragobert.
La mobilité entre les différents arrêts est également observée. Les participants se mettent dans la peau d’un piéton, mais aussi d’un enfant à vélo ou en trottinette, d’un parent avec une poussette ou d’une personne en fauteuil roulant. Une manière très concrète de se demander si l’espace public est réellement praticable par tous.
Un outil pour les futurs aménagements
Car la promenade ne s’arrête pas au ressenti. Après chaque balade, un compte rendu est transmis à la mairie. Les points positifs et les difficultés observées peuvent ensuite nourrir les réflexions des élus. « L’idée, c’est quand même que ça puisse être, si la commune le souhaite, un outil d’aménagement », souligne Floriane Karas. À L’Étoile, la démarche a justement été envisagée comme un outil de diagnostic en début de mandat.
Soutenues par l’Agence régionale de santé, ces balades restent gratuites pour les communes dans le cadre du dispositif, à raison de deux par an pour chaque CPIE. À l’avenir, un appel à manifestation d’intérêt pourrait permettre de sélectionner les collectivités volontaires. Une façon de poursuivre l’expérience et, surtout, d’apprendre à écouter ce que nos villages racontent lorsqu’on prend enfin le temps de s’y arrêter.
























