
Pendant longtemps, le Jura s’est cru relativement à l’abri des grands incendies qui touchent chaque été le sud de la France. Cette époque semble désormais révolue. Cette année, l’été s’est installé particulièrement tôt, avec des températures élevées dès le mois de juin, plaçant rapidement le département face aux risques de sécheresse et de feux de végétation. « On le voit au niveau général : les températures sont très hautes partout. L’été a commencé finalement très tôt et très rapidement », observe Virginie Brouet-Sauzade, directrice de cabinet du préfet du Jura.
Les services de secours constatent déjà cette évolution. Feux de récoltes, départs de feu en lisière de forêt ou dans des espaces naturels mobilisent régulièrement les sapeurs-pompiers. « Le risque existait, mais c’est un risque en devenir important sur le département », résume le colonel Pierre-Philippe Croizier, directeur départemental adjoint du SDIS du Jura.
Après l’incendie majeur de 2022 aux abords du lac de Vouglans, le risque est désormais pleinement intégré au Schéma départemental d’analyse et de couverture des risques. Cinquante-huit communes sont aujourd’hui identifiées comme particulièrement exposées.
Des moyens renforcés pour anticiper les incendies
Face à cette évolution, le SDIS a profondément revu son organisation. Le département dispose désormais de treize camions-citernes spécialisés, complétés par quatre véhicules lourds de 13 000 litres financés en partie par l’État. Un Pélicandrome a également été installé à l’aéroport de Dole-Jura pour ravitailler les avions bombardiers d’eau, tandis que des drones facilitent la reconnaissance des sinistres. Plus de 400 sapeurs-pompiers, professionnels comme volontaires, ont déjà été formés. « On tend à généraliser cette formation à l’ensemble de nos sapeurs-pompiers », souligne le colonel.
Le travail s’appuie aussi sur les partenaires du territoire. Avec l’Office national des forêts, des pistes de défense contre les incendies sont progressivement identifiées, tandis qu’une convention avec la Chambre d’agriculture permet aux exploitants de soutenir les secours avec leurs tonnes à eau et leurs déchaumeuses lors des feux de récoltes.
Cette montée en puissance répond à une activité en forte hausse. Depuis le début de l’année, le SDIS a enregistré plus de 500 interventions supplémentaires par rapport à la même période en 2025. « En plein hiver, il arrive des jours où l’on fasse une trentaine d’interventions. Lors du dernier pic de chaleur, nous en avons réalisé plus de 105 en vingt-quatre heures », rappelle Pierre-Philippe Croizier.
« Il faut commencer à sensibiliser la population »
Pour les autorités, disposer de nouveaux moyens ne suffira pas. Le principal enjeu reste la prévention. Mégots jetés au bord des routes, barbecues à proximité des massifs forestiers ou imprudences lors des travaux agricoles peuvent suffire à provoquer un incendie.
« Il faut commencer à sensibiliser la population sur le fait que le Jura se transforme », insiste Virginie Brouet-Sauzade. « Aujourd’hui, on est en train de réfléchir à des dispositions comme si nous étions un département du sud de la France, alors que nous sommes un territoire de moyenne montagne. » Pour la directrice de cabinet, les Jurassiens doivent désormais adopter des réflexes jusqu’ici peu répandus.
Le colonel Pierre-Philippe Croizier partage ce constat. « On n’est pas encore sur des feux de forêt au sens méditerranéen, mais on sent que la nature est en train de changer. Les feuilles sont de plus en plus sèches. » Il rappelle que les projections climatiques placent désormais le Jura parmi les territoires qui devront composer avec ce risque.
« Les prévisions des climatologues font qu’à l’horizon 2035, le Jura fera partie des territoires feux de forêt. Il faut se préparer. » Au-delà de la protection des massifs forestiers, il insiste enfin sur les conséquences humaines : « L’impact est aussi sur nos femmes et nos hommes qui défendent la population, parfois à cause d’un simple mégot jeté au bord d’une route. »

























