Il y a des signes qui ne trompent pas. Les cartables retrouvent doucement le chemin des écoles, les jours raccourcissent et, surtout, une étrange question réapparaît dans les conversations du lundi matin : « Alors, ils ont fait quoi ce week-end ? » Aucun doute, les championnats reprennent.
Et avec eux, cette formidable capacité que nous avons à organiser notre humeur autour des performances d’une poignée de sportifs. Une victoire le samedi soir ? Le dimanche paraît soudain plus lumineux. Une défaite dans les arrêts de jeu ? Inutile de nous parler avant le café du lundi matin. Quant au match nul concédé après avoir mené 2-0, il peut provoquer une crise existentielle jusqu’au mercredi.
Car supporter une équipe, c’est accepter de vivre selon un calendrier qui n’est plus vraiment le nôtre. On ne prévoit plus un repas : on vérifie d’abord l’heure du match. On ne part pas en week-end : on s’assure qu’il y aura du réseau. Et l’expression « Je te rappelle dans cinq minutes » peut parfaitement signifier « après le coup de sifflet final », soit potentiellement deux heures plus tard.
Puis vient le temps des analyses. Dans les tribunes, au comptoir ou autour de la machine à café, chacun devient entraîneur, sélectionneur et directeur sportif. Il fallait évidemment faire entrer celui-ci plus tôt, sortir celui-là, jouer plus haut, défendre plus bas… Des solutions d’une simplicité déconcertante, surtout lorsqu’on les formule confortablement installé dans son canapé.
Football, rugby, handball, basket… Peu importe finalement le ballon. Avec la reprise, ce sont aussi les discussions, les chambrages et les petits rituels qui reviennent. On peste, on espère, on promet parfois de ne « plus jamais regarder ça » avant de consulter, cinq minutes plus tard, le calendrier de la prochaine journée.
Pendant quelques mois, nos semaines vont donc retrouver leurs repères : l’attente avant le match, les certitudes pendant et les explications après. Jusqu’au printemps, où certains célébreront un titre, d’autres un maintien et beaucoup se demanderont encore comment leur équipe a pu perdre « contre eux ».
Bref, la saison reprend. Et avec elle cette douce absurdité : confier une partie de notre bonne humeur à des gens qui courent derrière un ballon. Vivement le week-end.
























