Ne prenez pas ce que j’écris ici au pied de la lettre (1) car souvent je ne sais pas sur quel pied danser la valse des événements qui font l’actualité.
Pour être franc j’ignore habituellement à quel saint me vouer quand j’ai le cul entre deux chaises (2). Il n’est pas facile de ménager la chèvre et le chou si l’on est pris entre deux feux et qu’on ne sait où donner de la tête. Tourner comme une girouette en hésitant entre la peste et le choléra est juste bon à se retrouver cul par-dessus tête aux Urgences.
Une consolation vient de ce que nous ne sommes pas les seuls sur cette brûlante planète à ne plus trouver la sortie.
Les anglais disent, dans la langue de Shakespeare, ne pas savoir si l’on s’en vient ou si l’on s’en va. C’est bien aussi contrariant que de ne pas savoir sur quel foot swinguer.
Les italiens prétendent ne pas savoir quel poisson attraper. L’expression va devenir vieillotte quand les pêcheurs n’auront plus la pêche, décimée le ventre en l’air au fil des canicules et pollutions.
En hébreu, on se distingue plus sa droite de sa gauche. Surprenant, sachant que l’une et l’autre sont juste en face mais de l’autre côté par rapport à un axe central facile à trouver. Si l’on regarde droit devant soi naturellement.
Tâtonner est donc international comme aussi est aussi largement partagé l’absurde (3). Je suis bien placé pour le savoir.
Mais il existe des variantes pour nos embrouillaminis (4), nos salmigondis (5), nos galimatias abracadabrantesques, nos amphigouris (6) et tous nos propos sans queue ni tête. Ainsi les espagnols, laissant tomber la queue, préfèrent dire sans pied ni tête. Pour les allemands c’est sans main ni pied.
Je ne tournerai pas autour du pot ni ne chercherai midi à quatorze heures : pour me faciliter la vie je danserai sur le premier pied qui passe.
Notes pour ceux qui ont les deux pieds dans le même sabot :
(1) – Je me souviens d’un temps pas si lointain où je m’interrogeais des heures durant pour deviner quelle pouvait bien être la pointure du pied de la lettre. J’imaginais le n sur son 31 et le m sur un 62. C’est assez récemment que j’ai compris grâce à l’écriture qu’avec les lettres on pouvait prendre son pied et en faire bien des usages. Je ne veux pas vous casser les pieds ni mettre le pied dans la porte pour tenter d’aller mettre les pieds dans le plat.
J’ai voulu un jour maudit jeter un œil sur la casserole pour donner un coup de main et ça m’a coûté les yeux de la tête. Depuis je suis devenu prudent.
(2) – Avoir le cul entre deux chaises est inconfortable et nécessite des dons de funambule autant qu’une absolue confiance en son chaisier et rempailleur. Les anglais toujours prompts à souligner notre arrogance -alors que pas du tout ! – disent plus humblement : « entre deux tabourets on tombe par terre ». La modestie du siège rend-elle pour autant la chute moins préoccupante ? Je ne le pense pas mais je ne suis pas acrobate.
Jadis un vieux proverbe aujourd’hui tombé… dans l’oubli disait : « Qui est assis entre deux selles a le cul par terre ». Depuis on a abandonné la selle car l’image était un peu cavalière.
(3) – Tâtonner vient du latin taxare : tâter, toucher avec force ou vigueur. Le verbe a perdu de sa violence dans tastonner, vers 1460. Mais dès 1175 on allait a tastons.
(4) – L’embrouillamini est un mot particulièrement goûteux qui fond sous la langue. Il dérive au XVIème siècle de l’imbroglio italien qui est tout aussi bien -et selon le contexte- un enchevêtrement qu’une escroquerie. Ces intrigues burlesques, ces micmacs confus ne sont pas une exclusivité de chez nous. Mais néanmoins le pataquès n’est pas né en Espagne, pas plus que le méli-mélo ne sent la botte ou la péninsule, ni le galimatias nous viendrait de Grèce.
(5) – Si vous pensez que je vous raconte des salades c’est que vous avez compris qu’on peut trouver dès la cuisine des mélanges plus ou moins ragoûtants. Le salmigondin date de 1552 chez Rabelais. C’est à l’origine un dérivé de la salemine, un mélange de poissons, conditus c’est-à-dire en latin épicé, assaisonné. D’où nous vient aussi le condiment.
(6) – Quand un professeur pose une question difficile devant tout un amphithéâtre d’étudiants qui répondent à côté ne croyez pas que voilà débusqué l’amphigouri. Pas du tout. C’est, depuis 1738, un discours embrouillé du grec amphi qui veut dire double, ambigu et de gouri qui vient (peut-être) d’un verbe grec signifiant discuter.






















