Dossier de la semaine. Des vendanges historiquement précoces, mais un millésime prometteur

Commencées dès le 10 août dans certaines exploitations, les vendanges 2026 resteront parmi les plus précoces jamais observées dans le Jura. Derrière cette avance spectaculaire se dessine un millésime contrasté : peu de jus, mais des raisins particulièrement sains et des premiers résultats prometteurs.

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Les vendanges 2026 s’annoncent faibles en quantité, mais prometteuses en qualité.

Il faut désormais se méfier du calendrier dans le vignoble jurassien. Alors que les vendanges débutent traditionnellement fin août, voire début septembre, les premiers coups de sécateur ont été donnés dès le 10 août. Une date qui devance même 2003. « Nos vignerons nous remontent qu’en 2003, ils avaient commencé le 13 août », rappelle Laétitia Buffet, responsable à la Société de viticulture du Jura (SVJ). Les premières récoltes ont notamment concerné les raisins destinés au crémant et les grandes exploitations devant étaler leurs vendanges sur plusieurs semaines.

À la fruitière vinicole d’Arbois, cette accélération a provoqué un véritable branle-bas de combat. L’arrivée d’un technicien viticole a permis d’alerter rapidement sur la précocité du millésime. Fin juillet, la chaleur et le manque d’eau pouvaient encore laisser penser que la vigne allait stopper sa maturation pour se préserver. Il n’en a rien été. Les premiers prélèvements ont été réalisés autour du 3 août et rapidement multipliés. « Tout le monde s’est un petit peu aperçu que la vigne avait poursuivi sa maturité », raconte Cyril Tanazacq, directeur général de la fruitière vinicole d’Arbois.

Cette précocité trouve son origine dans un été particulièrement chaud et sec. Selon la SVJ, 80 millimètres de pluie sont tombés en trois mois, contre 280 habituellement, soit 70 % de précipitations en moins. Les températures ont parallèlement dépassé les normales de 4 à 5 °C en juin et juillet, puis de 6 à 7 °C en août au moment de l’entretien.

Une petite récolte, mais de grandes promesses

Dans les vignes, les conséquences sont visibles : dessèchement des baies, feuilles jaunies ou tombées et flétrissement de certaines grappes. Les jeunes plantations ont davantage souffert. Surtout, faute de pluie, les baies sont restées petites. Malgré une charge en grappes normale en début de saison, les volumes de jus devraient donc être plus faibles. Il reste toutefois trop tôt pour chiffrer précisément la perte de rendement.

À Arbois, la tendance se confirme. « Il y aura une quantité faible. Maintenant, la vendange n’est pas terminée », tempère Cyril Tanazacq. Mais les premiers résultats nourrissent l’optimisme. « La qualité, je pense, nous permettra de compenser un peu cette quantité manquante. » Sur les crémants, il évoque même « une qualité exceptionnelle », avec un équilibre sucre-acide prometteur.

Même constat à l’échelle jurassienne. Malgré la sécheresse, l’état sanitaire du vignoble est particulièrement sain, avec très peu de maladies et des raisins sans pourriture. « Au niveau qualitatif, on va sur un millésime plutôt bien, plutôt de bonne qualité, après très certainement petite quantité », résume Laétitia Buffet. Les degrés élevés devraient limiter la production de crémant, mais certaines parcelles peuvent être réorientées vers des vins tranquilles. Les conditions sanitaires sont également favorables au vin de paille.

S’adapter sans perdre l’identité jurassienne

Derrière ce millésime se dessine surtout une question de fond : comment adapter le vignoble à un climat changeant ? Porte-greffes plus résistants à la sécheresse, cépages ou exposition peuvent être travaillés lors des futures plantations. Mais la vigne est une culture pérenne. Dans l’immédiat, la surveillance devient essentielle et les prélèvements de maturité se multiplient. « La technicité du vigneron compte de plus en plus », insiste Laétitia Buffet.

À la fruitière vinicole d’Arbois, qui fêtera sa 120e bougie cette année, la réflexion va jusqu’à l’outil de production. Les fortes températures interrogent notamment l’avenir des vins élevés sous voile. Les caves n’étant pas enterrées, elles chauffent fortement, alors que les levures résistent mal au-delà de 35 °C. Avec plus de 4 600 fûts en élevage sous voile, la coopérative réfléchit à l’évolution de ses installations.
Reste une ligne rouge : évoluer sans perdre ce qui fait le Jura. « Abandonner le poulsard parce qu’il va griller au soleil, c’est dommage, c’est perdre une partie de l’identité du Jura », estime Cyril Tanazacq. Cépages et profils des vins pourraient évoluer avec le climat. Tout l’enjeu sera donc de s’adapter tout en « gardant cette typicité jurassienne ».