L’invité de la semaine. Philomin Briot, herpétologue et ornithologue à la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO)

Herpétologue et ornithologue à la LPO, Philomin Briot travaille sur le projet Stern'eau, destiné à préserver la sterne pierregarin. Après Pierre-de-Bresse et le secteur de Dole, d’autres radeaux doivent être installés sur le bassin versant de la Saône.

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La LPO prévoit l’installation de 18 radeaux sur le bassin versant de la Saône d’ici fin 2027. Crédit photo : LPO BFC

Pourquoi la sterne pierregarin fait-elle aujourd’hui l’objet d’un programme de conservation ?

C’est une espèce qui ressemble un peu à une mouette et que l’on surnomme « l’hirondelle de mer ». Elle est surtout très menacée dans la région. Côté franc-comtois, elle est considérée en danger critique d’extinction. Il ne nous reste plus que deux populations : une dans le Territoire de Belfort et une dans la plaine jurassienne. Côté bourguignon, son statut est un peu meilleur grâce à la Loire, mais elle reste considérée comme vulnérable.

Pourquoi rencontre-t-elle autant de difficultés ?

C’est principalement un problème d’habitat. Normalement, la sterne pierregarin se reproduit sur des bancs de sable ou de galets au niveau des cours d’eau. En Franche-Comté, ce n’est aujourd’hui plus le cas. Elle se reproduit uniquement sur des sites en eau close, notamment des carrières et le lac du Malsaucy. Elle a besoin de plages graveleuses, mais également de calme, car c’est une espèce assez sensible au dérangement.

Quel est l’objectif du projet Stern’eau ?

Nous estimons la population à une centaine de couples, grosso modo, à l’échelle régionale. Le programme a pour objectif de restaurer les populations sur le bassin versant de la Saône. Pour cela, nous installons des radeaux à sternes, des dispositifs flottants permettant de recréer leur habitat. L’objectif est d’en poser 18 d’ici fin 2027 et de reconnecter, via la Saône, les populations existantes.

Les premières installations concernent Pierre-de-Bresse et le secteur de Dole. Où en êtes-vous ?

Pour l’instant, nous en avons installé un à Pierre-de-Bresse, en Saône-et-Loire, et deux à Champdivers. L’objectif est de reconnecter les populations, de les étendre et de les dynamiser. Il s’agit aussi de faire connaître cette espèce et les enjeux qui l’entourent, mais également d’impliquer les propriétaires et certains gestionnaires de sites dans sa préservation.

Comment fonctionnent ces radeaux ?

Ce sont des plateformes flottantes recouvertes de gravier pour reproduire les milieux recherchés par la sterne. Des protections permettent d’éviter que les jeunes tombent à l’eau et de limiter l’accès des prédateurs. Des abris en bois leur permettent également de se cacher, de se protéger du soleil et des prédateurs aériens.

Comment évitez-vous que les oiseaux soient dérangés une fois installés ?

Nous essayons de disposer les î lots à au moins 100 mètres des berges afin de les isoler. Dans le cadre de nos actions, nous conventionnons systématiquement avec les propriétaires pour mettre en place une zone de quiétude autour de ces î lots. L’objectif est d’éviter les dérangements liés aux différentes activités et de permettre à la reproduction d’aller jusqu’à son terme.

Ces trois premiers radeaux ne sont donc qu’un début ?

Oui. L’objectif reste d’en poser 18 d’ici fin 2027 sur l’ensemble du bassin versant de la Saône. L’idée est de créer progressivement des conditions favorables pour reconnecter les populations existantes et permettre à l’espèce de regagner du terrain. Le programme bénéficie du soutien du Fonds vert et de l’Agence de l’eau.