
Derrière les étals, il y aura surtout des femmes et des hommes marqués par un été difficile. Dimanche 6 septembre, une trentaine de producteurs bio retrouveront le parc des Bains pour les dix ans de Regain(s). Fromages, miel, viande, légumes, farines, vins ou tisanes raconteront la diversité des fermes jurassiennes. Mais cette année, Emma Larue, animatrice du Groupement des agriculteurs bio (GAB) du Jura, porte un regard différent sur ce rendez-vous.
” L’été a été très compliqué pour le monde agricole. C’est une saison qui est, je pense, historique. “ Après des mois marqués par une sécheresse particulièrement intense, elle évoque des producteurs ” dans des situations très compliquées “ et des pertes qui pourraient être importantes. Au-delà des récoltes, le moral a également été touché. ” On a des producteurs qui ont beaucoup souffert cet été et qui ont peur aussi pour la suite, pour l’avenir de leurs exploitations. “
Dans ce contexte, remplir son panier prend une autre dimension. ” Cette fête prend encore plus de sens après un été comme celui-ci “, estime Emma Larue. L’objectif est d’encourager les visiteurs à consommer local et bio, mais aussi de rappeler qu’il existe, dans le Jura, une véritable diversité de productions. Les exposants viennent d’ailleurs du département ou de secteurs limitrophes.
Garder la main sur sa ferme
Ces inquiétudes pour l’avenir trouvent un écho dans le thème choisi pour cette dixième édition : l’innovation et l’autonomie paysanne. Face à une modernisation qui demande parfois de lourds investissements, le GAB souhaite remettre l’agriculteur au centre des décisions. ” Parfois, les agriculteurs et les agricultrices n’ont plus vraiment la main sur ce qu’ils peuvent faire sur leurs fermes. “
Avec L’Atelier Paysan, Regain(s) mettra notamment en avant l’autoconstruction et l’adaptation des outils aux réalités de chaque exploitation. Une façon de gagner en autonomie, mais également en capacité d’adaptation face aux bouleversements climatiques. ” Ce sont des innovations paysannes dont on a besoin “, défend Emma Larue, pour disposer de fermes plus résilientes. Une conférence prolongera la réflexion samedi 5 septembre, à 20 heures, au Carrefour de la communication.
Le dimanche laissera davantage de place aux rencontres. Marché, restauration bio et locale, associations, balades en calèche, spectacle et deux concerts rythmeront la journée. Une dimension festive à laquelle le GAB tient depuis la création de l’événement : l’idée est que familles et visiteurs puissent rester toute la journée sur place.
Dix ans à expliquer le bio
Car Regain(s) sert aussi à expliquer ce qui se cache derrière une étiquette. ” On voit le logo bio sur les produits quand on va faire ses courses. Mais derrière, qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? “, interroge Emma Larue. Pour le GAB, la rencontre doit permettre aux producteurs de présenter leurs pratiques et aux consommateurs de comprendre ce qui différencie leurs produits.
Dix ans après sa création, le rendez-vous attire désormais entre 2 000 et 3 000 visiteurs selon les estimations de l’association. Mais après l’été que viennent de traverser les fermes, l’enjeu sera peut-être ailleurs : transformer, le temps d’une journée, l’acte d’achat en rencontre et rappeler aux producteurs que leur travail trouve encore un écho auprès des consommateurs.





















