Chaque compétition sportive a ses spécialistes. Ceux qui connaissent les compositions d’équipe par cœur, anticipent les changements tactiques et vous expliquent, statistiques à l’appui, pourquoi le latéral gauche du Paraguay allait forcément faire basculer la rencontre.
Et puis il y a moi.
À chaque événement, je me persuade que cette fois, c’est la bonne. Je remplis consciencieusement mes pronostics sur Mon Petit Prono. J’analyse les affiches, je me laisse convaincre par un article lu entre deux rendez-vous, je mise parfois au feeling, souvent au cœur. Quelques instants plus tard, à la fin du match, le verdict tombe : j’avais tout faux.
Dans notre ligue de journalistes, le classement est devenu un rendez-vous presque aussi attendu que les matches. Non pas pour savoir qui est en tête, mais pour vérifier que je suis toujours solidement installé… à la dernière place. Une régularité qui force presque le respect. Certains gagnent des trophées, moi je collectionne les contre-performances.
Le plus cruel, c’est que je couvre régulièrement le sport. Cyclisme, football, rugby, basket… Je passe mon temps à interroger des entraîneurs, des sportifs, des dirigeants. Je parle tactique, dynamique, états de forme. Mais dès qu’il s’agit de pronostiquer, toutes ces connaissances semblent quitter mon cerveau pour partir en vacances.
À ce stade, mes collègues ne regardent même plus mes prédictions. Ils font l’inverse. Si je vois une victoire de la France, ils commencent sérieusement à s’inquiéter. Si je mise sur un outsider, il peut déjà préparer ses valises.
Finalement, finir dernier n’est pas si désagréable. La pression disparaît rapidement, les moqueries deviennent une tradition de rédaction et chaque point marqué prend des allures d’exploit. Et puis, il faut bien quelqu’un pour rappeler que le sport reste merveilleusement imprévisible.
Je n’ai peut-être pas le sens du pronostic. Mais j’ai au moins trouvé une discipline dans laquelle personne ne semble capable de me battre : terminer dernier.


























