Dossier de la semaine. Ces histoires méconnues qui se cachent dans les cimetières

À l’approche de la Toussaint, les cimetières de Saint-Amour et d’Oyonnax illustrent la richesse de notre patrimoine funéraire, entre mémoire locale et destins singuliers.

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De Saint-Amour à Oyonnax, les cimetières gardent la mémoire du passé.

À l’approche de la Toussaint, les cimetières s’apprêtent à accueillir de nombreux visiteurs venus se recueillir sur les tombes de leurs proches. Pourtant, derrière leurs grilles se cache aussi tout un pan de notre histoire collective. Personnalités oubliées, destins singuliers, monuments remarquables. Au détour des allées du cimetière de Saint-Amour, Jean-Daniel Michel, historien local, raconte la vie de certaines personnalités. Ici reposent notamment Lucien Febvre, historien renommé, Marcel Moyse, célèbre flûtiste, Pierre-Marie Prost, sculpteur, ou encore Andrée Mégard, comédienne. Des noms parfois oubliés, mais dont les parcours ont largement dépassé les frontières du Jura.

Une sépulture attire particulièrement l’attention : celle de Firmin Gémier, fondateur du Théâtre national populaire. Étonnamment, son tombeau ressemble à un escalier. Un choix qui n’a rien du hasard. Au Cirque d’Hiver, à Paris, cet homme de théâtre avait imaginé une scène sur les gradins pour contourner l’absence de coulisses. Une invention immortalisée jusque dans la pierre. « Si on connaît l’histoire, on sait », sourit Jean-Daniel Michel.

Allée de cimetière avec tombes et croix en pierre
La tombe en escalier de Firmin Gémier rappelle ses mises en scène novatrices.

Une cantatrice parmi les célébrités

Autre destin remarquable, celui de Jeanne Hatto. Cette cantatrice, née Jeanne Frère, s’est illustrée sur les scènes de l’Opéra de Paris dès 1899. Elle a notamment côtoyé Maurice Ravel et partagé la vie de Louis Renault, fondateur de la marque automobile. Derrière son nom se dessine ainsi une vie bien éloignée de la tranquillité des allées du cimetière. Une preuve que ces lieux de recueillement sont aussi de véritables livres d’histoire à ciel ouvert.

Mais les cimetières ne racontent pas seulement l’histoire des personnalités qui y reposent. Ils témoignent aussi de l’évolution des communes, de leurs traditions et de leur rapport à la mémoire. Une autre dimension de ce patrimoine que l’on retrouve notamment à Oyonnax, dans l’Ain.

À Oyonnax, les cimetières racontent eux aussi l’histoire de la ville. Olivier Schwinn, délégué général du Souvenir français dans l’Ain, cite notamment Henri Romans-Petit, chef des maquis de l’Ain et du Haut-Jura, dont la dépouille repose au nouveau cimetière. L’ancien abrite, quant à lui, des traces parfois inattendues du passé. « On a une plaque, par exemple, sur une tombe qui dit que c’était le maître à danser du roi », raconte-t-il. La sépulture du baron des Bordes rappelle également l’histoire aristocratique locale.

Des anecdotes derrière les pierres

D’autres destins témoignent de l’identité industrielle et ouvrière d’Oyonnax. « On retrouve l’histoire du syndicalisme et de la plasturgie », souligne Olivier Schwinn, qui évoque aussi les nombreux résistants et maquisards inhumés dans la ville. Parmi les personnages méconnus figure Léger Félicité Sonthonax, révolutionnaire français associé à l’abolition de l’esclavage à Saint-Domingue, aujourd’hui Haïti. Inhumé dans le premier cimetière d’Oyonnax, depuis disparu, il aurait été transféré dans une fosse commune de l’ancien cimetière. Sa tombe reste introuvable.

Pour faire connaître ces histoires, le Souvenir français développe GéoMémoire, une application gratuite permettant de localiser des sépultures et de découvrir les parcours des défunts. À Oyonnax, le travail réalisé dans l’ancien cimetière doit être étendu au nouveau. Une façon de rappeler que derrière les pierres se cachent des destins individuels, mais aussi des pans entiers de l’histoire locale.