Le professeur pose une question devant un amphi d’étudiants attentifs (1). Les réponses fusent. Aucune n’est la bonne… Ça n’est pas ça l’amphigouri.
L’amphigouri c’est plutôt l’art de l’embrouille. Pas du : ni vu ni connu, j’t’embrouille ! (2). Ça c’est le premier sous-sol. Non ! L’amphigouri c’est tout en haut. C’est le summum. C’est le charabia, le galimatias, le baragouin, un bel embrouillamini de mots alambiqués à souhait … (3).
Entrainons-nous ! Ça pourrait servir et on a meilleur temps de se tenir à carreau.

Ne dites pas : faut qu’on cause pour qu’on se comprenne. Dites plutôt : nous devrions initier une séquence d’échanges afin de se mettre sur la voie d’une issue qui convienne aux deux parties.
Ne dites pas : put*in ! ce couteau ne coupe rien ! Dites plutôt : cet ustensile de coutellerie présente une importante marge de progression opérationnelle.
Très utile si vous exercez des responsabilités, ne dites pas : vous êtes viré !
Dites plutôt : dans le cadre de l’amélioration de nos process nous sommes contraints d’optimiser nos ressources humaines.
Si vous évoluez dans le commerce ne dites pas : vous allez douiller bonbon ! Préférez : nous sommes acculés à engager une trajectoire de rééquilibrage de nos tarifs dans une perspective de consolidation de notre modèle économique au regard des contraintes de notre écosystème.
Le principe de l’amphigouri est calqué sur celui de la mayonnaise : la moutarde pique beaucoup moins le nez quand elle a été touillée avec un jaune d’œuf et un peu d’huile.
On vous dira qu’un grand communiquant doit avoir des qualités d’écoute, qu’il doit être sincère, que son message doit être clair, qu’il doit s’affirmer sans écraser son interlocuteur.
Pensez-vous !
Un grand communiquant c’est quand après un quart d’heure de réponses amphigouriques on a oublié la question.
Notes confuses :
(1) – C’était avant les réformes de la loi Pécresse, de la loi Fioraso, de la loi « Orientation et réussite des Étudiants », et de la loi de programmation de la recherche qui enfin -après quelques atermoiements- a fait de notre Université cet Eden où un professeur peut poser des questions à des étudiants disposant d’une place assise, d’un repas à prix abordable et sachant lever le doigt.
(2) – On pourrait croire que cette expression date des plus anciennes arnaques comme le Cheval de Troie. Mais non ! C’est une expression assez récente puisqu’elle est apparue à la fin du XVIIIème siècle. Il a fallu du temps pour la construire tant elle est parfaite. Elle annonce haut et fort et en toute franchise l’escroquerie à venir tout en promettant la discrétion ! Nous n’avons pas d’équivalent à ce tour de passe-passe. Si l’on osait employer ce substantif en perte de vitesse on pourrait dire que c’est une méthode de filou.
À noter que le féminin de filou est filoute. La filoute ne court pas les rues. Comme la voyoute elle reste exceptionnelle et c’est heureux. Comme moi, préférez la chouchoute.
(3) – Si ! C’est vrai notre expression est parfois confuse. La confusion vient du verbe latin confundere qui indique une idée de mélange et de désordre. De là vient aussi confondre. La confusion est attestée au XIème siècle. Le latin d’Église qui déteste les mélanges dont on ne voit ni le début ni la fin, l’a… confondu avec la honte. C’est pourquoi nous disons « je suis confus » quand nous sommes pris en faute.
Le charabia serait apparu à Paris au début du XIXème pour moquer le parler des auvergnats. C’était bien irrespectueux pour les bougnats qui exerçaient les métiers pénibles dont personne ne voulait : porteur d’eau dans les étages, livreurs de bain à domicile pour les particuliers avec transport de baignoire et fourniture d’eau, frotteurs de parquets pour appartements bourgeois, ferrailleur, chaudronnier, rémouleur aiguisant les couteaux avec sa meule ambulante…
Le galimatias a une origine douteuse avec trois possibilités très éloignées qui montrent les difficultés de se pencher sur les origines de notre langue. Pour certains ce serait le bas latin ballematia qui désigne des chansons obscènes. Pour d’autres ce mot viendrait du grec et signifierait « selon Saint Matthieu », en allusion à des psalmodies compliquées. Et pour d’autres ce serait gallus – mathia, la science du coq où le coq est l’étudiant du Moyen-Âge qui étale impudiquement ses connaissances. Quelle qu’en soit la bonne origine il y a du chambrage dans l’air.
Dauzat, maitre en étymologie, explique que les bretons du XVème siècle lorsqu’ils se répandaient dans l’intérieur de l’hexagone réclamaient dans les tavernes du pain et du vin. En breton du bara et du gwin. Le mot baragouin était né et il servit très vite d’insulte xénophobe.























