Arbois. Les ouvriers agricoles s’organisent pour sortir de l’ombre

Créé en juillet 2024, le syndicat Sudagri a organisé une journée de rencontre et de formation le 28 mars dernier. L’objectif : fédérer une main-d’œuvre souvent oubliée derrière l’image de l’exploitant et alerter sur des conditions de travail méconnues.

0
35
syndicat salariés agricoles Jura
Table ronde lors de la journée du 28 mars.

Dans l’imaginaire collectif, l’agriculture se résume souvent à la figure de l’exploitant travaillant seul sa terre. Pourtant, la réalité est autre, il y a aujourd’hui plus d’ouvriers agricoles que de patrons en France, toutes filières confondues. C’est ce constat “d’invisibilisation” qui a poussé un groupe de salariés, majoritairement issus de la viticulture jurassienne, à créer Sudagri.

Un métier de haute technicité, mais précaire

Loin de l’image d’une main-d’œuvre interchangeable, le syndicat rappelle que le travail agricole exige une technicité réelle. À titre d’exemple, lors de l’opération “Des bras pour ton assiette” lancée pendant la crise du Covid-19, seuls 400 profils sur 40 000 volontaires avaient été retenus par les employeurs, faute de compétences adaptées.

Malgré cette expertise, les salariés font état d’une situation sociale fragile. La majorité des employés est rémunérée au SMIC ou à un niveau très proche, avec peu de perspectives d’évolution de carrière. Le recours massif aux contrats saisonniers (CDD) renforce cette précarité, ces contrats ne bénéficiant pas de prime de fin de mission. De plus, les risques de santé liés aux troubles musculo-squelettiques et à l’usage de produits phytosanitaires pèsent sur le quotidien des ouvriers.

Des droits complexes à défendre

L’un des enjeux majeurs pour le syndicat est la formation au droit du travail. Les salariés agricoles sont en effet soumis à une législation complexe, au croisement du Code du travail, du Code rural et de nombreux accords de branche départementaux. “On a voulu se former car on s’est rendu compte qu’il y avait peu de choses à destination des salariés, tout ce qu’on trouve concerne uniquement les exploitants”, explique David, membre du syndicat.

La structure des entreprises joue également un rôle clé dans les relations sociales. “Dans les petites exploitations“, souligne David, la proximité avec le patron peut faciliter les liens, mais elle rend parfois plus difficile l’expression de revendications. À l’inverse, dans les structures plus importantes, le travail est davantage rationalisé, mais l’effet de groupe permet aux salariés de mieux faire entendre leur voix.”