Le tabac reste-t-il aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique ?
Ménana Chemini : Oui, clairement. Même si les chiffres montrent une baisse du tabagisme ces dernières années, le tabac reste la première cause de mortalité évitable en France. En 2024, la consommation quotidienne a diminué au niveau national, mais en Bourgogne-Franche-Comté nous restons au-dessus de certaines moyennes avec près de 19,2 % de consommateurs quotidiens. Cela reste considérable.
Quel est aujourd’hui le rôle de Tab’Agir en Bourgogne-Franche-Comté ?
Ménana Chemini : Tab’Agir est une association régionale financée par l’Agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté. Notre mission principale est d’accompagner le sevrage tabagique sur l’ensemble du territoire régional. Pour cela, nous formons des professionnels de santé de proximité : médecins, sages-femmes, infirmiers en pratique avancée, psychologues ou encore diététiciennes. L’objectif est que chaque personne souhaitant arrêter de fumer puisse trouver un accompagnement proche de chez elle.
Clémentine Neslany : Nous proposons aussi un suivi pluriprofessionnel. Le patient peut bénéficier d’un accompagnement psychologique ou diététique entièrement pris en charge par l’association durant les quatre premières consultations. Beaucoup de personnes ont peur de prendre du poids ou craignent les effets du manque. Cet accompagnement permet justement de lever certains freins.
Quels profils viennent chercher de l’aide auprès de Tab’Agir ?
Clémentine Neslany : Nous avons accompagné environ 1 000 patients en 2025. La majorité sont des femmes, avec une moyenne d’âge autour de 50 ans. Ce sont souvent des personnes qui ont déjà essayé d’arrêter seules plusieurs fois et qui arrivent à un moment où elles se disent qu’elles ont besoin d’aide. Beaucoup nous disent : “J’aurais aimé connaître ce dispositif avant.”
Pourquoi est-il si difficile d’arrêter de fumer ?
Ménana Chemini : Le tabac est une addiction très forte. Les personnes évoquent souvent la peur du manque, la peur de souffrir pendant le sevrage ou encore la crainte de changer leurs habitudes. Pour certains, la cigarette est devenue une forme de compagnon du quotidien. Il y a aussi cette idée que ce n’est “jamais le bon moment” pour arrêter.
Clémentine Neslany : « On entend aussi beaucoup : “C’est mon seul plaisir.” Certaines personnes voient la cigarette comme un espace de liberté ou un réconfort. Et puis il y a le manque de confiance en soi. Beaucoup pensent qu’ils ne seront pas capables d’y arriver. C’est justement pour cela que l’accompagnement humain est essentiel.
Le prix du paquet peut-il être un déclencheur ?
Clémentine Neslany : « Oui, clairement. La santé reste le premier motif d’arrêt, souvent après un problème médical comme un infarctus ou un AVC, mais le coût du tabac revient énormément dans les discussions. Aujourd’hui, certaines personnes réalisent qu’elles dépensent des centaines d’euros chaque mois et qu’elles ne sont finalement plus libres face à cette addiction. »
Quel message souhaitez-vous faire passer à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac ?
Ménana Chemini : Le plus important, c’est de ne jamais culpabiliser les fumeurs. Même une tentative d’arrêt, même une baisse de consommation, reste une victoire. La rechute fait partie du processus. Il faut arrêter de la voir comme un échec. Et surtout, il n’est jamais trop tard pour arrêter de fumer.
Clémentine Neslany : « Nous travaillons aussi énormément auprès des jeunes, notamment autour de la cigarette électronique et des produits très aromatisés qui attirent beaucoup les adolescents. Aujourd’hui, la prévention ne passe plus par des discours culpabilisants ou par la peur. Nous travaillons davantage sur les compétences psychosociales, l’esprit critique, la gestion des émotions ou encore la capacité à dire non.

























