
Sur les hauteurs de la collégiale de Dole, un spectacle discret se joue depuis plus de dix ans : celui d’un couple de faucons pèlerins qui a fait de la ville son territoire. Une présence rare en milieu urbain, devenue au fil des années un symbole de cohabitation entre patrimoine et biodiversité.
L’histoire débute entre 2012 et 2013, lorsque le Groupe Pèlerin Jura installe une plateforme de nidification sur l’édifice. Orientée sud-est, elle offre des conditions favorables, à l’abri des vents dominants. En 2014, une première femelle s’y installe.
D’abord seule, elle disparaît rapidement avant d’être remplacée par une autre, encore immature. Malgré cela, elle réussit une première reproduction avec deux jeunes. Depuis, un couple s’est durablement installé et se reproduit chaque année.
À l’origine, le faucon pèlerin est une espèce de falaise. Dans son milieu naturel, il doit faire face à la concurrence d’autres oiseaux comme les corbeaux et à un prédateur redoutable : le hibou grand-duc. En ville, ces contraintes sont largement réduites. Les bâtiments élevés remplacent les falaises et offrent des refuges sûrs, sans prédateurs. Le couple dolois est sédentaire et occupe la collégiale toute l’année, avec un territoire de chasse qui s’étend sur cinq à dix kilomètres autour du centre-ville.
Chaque année, le cycle de reproduction est bien réglé. La ponte a lieu à la fin du mois de février. En 2026, trois œufs ont éclos durant le week-end de Pâques. Les jeunes grandissent rapidement et prennent leur envol à la fin du mois de mai, avant de quitter le territoire au cours de l’été.

Une cohabitation fragile sous surveillance
Arrivé en 2016 à l’association Dole Environnement, Hugo Barré-Chaubet, chargé de mission environnement, suit de près l’évolution du couple. « Le faucon pèlerin s’adapte bien à la ville, mais il reste sensible au dérangement, surtout pendant la nidification », explique-t-il. Le principal risque aujourd’hui est lié aux activités humaines : bruit, affluence ou comportements inadaptés peuvent perturber les adultes et mettre en danger les jeunes.
Pour limiter ces impacts, des mesures ont été mises en place en lien avec la Ville : accès restreint à certaines zones, encadrement des visites et sensibilisation du public. Ces précautions permettent au couple de se reproduire dans de bonnes conditions, avec en moyenne trois à quatre jeunes par an.
Au pied de la collégiale, le photographe Henri Bertrand observe les faucons au quotidien. Il témoigne de leur sensibilité : « Ils stressent rapidement. Quand ils sont dérangés, ils crient, tournent et restent en alerte longtemps. »

Une vitesse supérieure à 300km/h
Redoutable chasseur, le faucon pèlerin est exclusivement ornithophage : il ne se nourrit que d’oiseaux. Sa chasse se déroule en vol. Il peut poursuivre ses proies, mais utilise surtout le piqué, une attaque spectaculaire pouvant atteindre 360 km/h. En ville, son alimentation est composée à environ 80 % de pigeons, mais aussi de martinets, merles, grives ou choucas.
Avec près d’un mètre d’envergure pour environ 800 grammes, c’est un rapace puissant et agile. Il consomme en moyenne un pigeon par jour, ou tous les deux jours. La femelle, plus grande, est environ un tiers plus imposante que le mâle. On les distingue notamment à leur gorge : mouchetée chez la femelle, blanche immaculée chez le mâle.























