Comment vous est venue l’idée de partir et comment avez-vous préparé votre départ ?
J’avais déjà goûté au voyage par ma formation scientifique, comme j’ai travaillé sur les grands séismes en Patagonie en tant que géologue. C’était une idée qui me trottait dans la tête depuis mes 14-15 ans.
La préparation était surtout financière : j’ai attendu le bon moment, après avoir économisé pendant 3-4 ans. La préparation physique est venue pendant le voyage, car j‘ai commencé par des petites étapes. Je faisais maximum 50 km par jour, j’avais pas besoin d’aller vite, ce qui fait que le corps se forge au fur et à mesure.
Quand êtes-vous partie et quel a été votre parcours ?
Le départ s’est fait le 31 décembre 2020. Entre deux confinements. On est descendus en une semaine, avec mon copain de l’époque, à Port Camargue pour prendre un voilier jusqu’aux Canaries. Puis, on est allés en Martinique, en faisant la traversée de l’Atlantique en 26 jours.
Arrivés en Martinique, on a rencontré un capitaine qui voulait nous emmener au Panama, le choix s’est fait comme ça. On a traversé toute l’Amérique centrale à vélo, jusqu’au Mexique, où on a trouvé un voilier qui nous a emmené en Polynésie Française, puis à Tahiti. On est arrivés à Tahiti en 2022, et, là, je me suis arrêtée pour travailler deux mois et j’ai continué mon voyage seule.

Comment gère-t-on un budget dans un voyage comme celui-là ?
Le budget principal d’un cyclo-voyageur, c’est le logement et la nourriture. S’il dort en tente, c’est 0. Mais je me suis octroyé de temps en temps un peu plus de confort ou de sécurité, avec un soir en auberge ou parfois accueillie.
Je me suis surtout arrêtée en Australie pour travailler. C‘était stratégique : c’était la moitié du tour du monde, j’arrivais à la fin du budget et c’est un pays très bon en rapport salaire/heures travaillées. J’ai travaillé cinq mois en cumulant trois boulots : paysagiste, serveuse la nuit, et gardienne de maison la journée.

Quelles ont été les péripéties de ce voyage ?
Après l’Australie, j’ai skippé un bateau dans toute l’Indonésie. À ce moment-là, j’apprends que ma maman a un cancer du pancréas. Je laisse mon vélo dans le bateau et je rentre dans le Territoire de Belfort. Sa maladie va très vite, en deux mois elle part. Je reste en France pour les papiers avant de décider de repartir.
Je reprends exactement au même endroit avec le vélo un peu rouillé. Je repars direction l’Himalaya pour une grande boucle en Asie. Puis, je reviens jusqu’en Egypte en passant par le Moyen-Orient et, là, en arrivant au Caire, j’apprends le décès de mon père. Je suis finalement repartie après des mois d’hésitation pour boucler mon tour du monde en septembre dernier.

Quels enseignements en avez-vous tirés ?
Que la vie passe, on ne fait pas une pause sur la vie des autres. J’ai énormément fait la méthode des petits pas pour résoudre des gros problèmes, et j’ai quasiment tout réussi comme ça. C’est notamment ce que je vais aborder à la table ronde, où il y aura Jessica, Lilou et Alix qui ont toutes faits des longs voyages seules à vélo.


























