L’invité de la semaine. Pascal Barrier, spéléologue jurassien qui a assisté à l’éruption du Piton de la Fournaise

Pascal Barrier, spéléologue jurassien, raconte son expérience unique lors de l’éruption du Piton de la Fournaise à La Réunion.

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Pascal Barrier Spéléologue Montmorot
Pascal Barrier, spéléologue de Montmorot, explore depuis l'âge de 13 ans les grottes du Jura.

Comment vous est venue cette passion de la spéléologie ?

Très tôt, à l’âge de 12-13 ans, en regardant un film tiré de Voyage au centre de la terre de Jules Verne.

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Ensuite, j’ai pris lampe de poche, bougies et je suis allé explorer en mobylette toutes les grottes du Jura. Puis, j’ai étendu mon périmètre à toute la France et même l’Europe, petit à petit.

Dans vos expériences, vous avez notamment passé 113 jours – en 1992 – enfermé dans la grotte de la Cocalière, dans le Gard, sans nouvelle du monde extérieur. Comment fait-on pour survivre dans ces conditions et qu’apprend-on sur la nature humaine ?

Il faut absolument prévoir ce qu’il va se passer. J’étais enfermé avec deux murs de 20 mètres avec quatre à cinq mois de vivres. L’eau, je la puisais dans la grotte et j’étais autonome. On est hors du temps, sans repère cosmique ni social.

Sur terre, on a un nerf optique qui nous cale sur le soleil. Sans lui, on vit comme on a envie de vivre, on a un bio rythme différent. Je me suis retrouvé décalé de quatre jours sans m’en rendre compte.

Vue aérienne du cratère du Piton de la Fournaise entouré de paysage volcanique.

Récemment, vous êtes parti à La Réunion pour visiter les tunnels de lave et vous avez été témoin d’un moment hors du temps. Comment ça s’est passé ?

Sur place, je connaissais des journalistes informés un peu avant les autres. On a plusieurs fausses alertes d’éruption du Piton de la Fournaise, en décembre et début janvier.

Puis, le 18 janvier, une alerte est arrivée avec un sismographe qui bougeait beaucoup plus. À la première faille qui est sortie, j’ai été informé presque avant le préfet et je suis monté.

En arrivant à 19 h 30, le portail de sécurité était encore ouvert et j’ai pu m’engouffrer parmi la vingtaine de privilégiés – des journalistes et des vulcanologues non officiels – qui ont pu s’approcher.

Pascal Barrier capturant l’éruption des failles du Piton à une cinquantaine de mètres.

Quel est le degré de dangerosité ?

C’est un volcan rouge, qui n’a pas d’éruption explosive. Avec l’écroulement de la dernière éruption, il est bouché, ce sont donc des failles qui se sont ouvertes avec la pression.

Il y a un écoulement de lave, mais qui avance très lentement et qui se refroidit. La chaleur et le craquement sont impressionnants, mais on est restés à une cinquantaine de mètres, dans le bon sens du vent pour ne pas être atteints par les gaz.

Malgré ces précautions, la venue à l’intérieur du périmètre est normalement bloquée, avec le déclenchement du plan ORSEC. Comment avez-vous fait pour ressortir et combien de gens attendaient ?

Certains sont restés près de 24 heures – le temps total de l’éruption – pour observer.

Moi, je suis reparti vers deux heures du matin et j’ai été arrêté par un groupe de gendarmes, en vue d’une verbalisation.

Il y avait des milliers de personnes sur le sentier et plus de 3 500 voitures recensées par la préfecture. C’était un peu un fiasco, tout le monde était bloqué, sans réseau, à plus de 2 500 m d’altitude.

Ça aurait pu se transformer en piège. Mais tout le monde voulait voir ce spectacle grandiose.