Aujourd’hui, elles abritent les promeneurs des averses d’été comme des chaleurs estivales. Pourtant, les arcades de la rue du Commerce n’ont pas été construites pour le confort des passants. Elles sont nées d’un besoin bien plus terre à terre : permettre aux commerçants de vendre leurs marchandises quelles que soient les conditions météorologiques. « C’est l’ancêtre de nos galeries marchandes », résume Christelle Cretin, de l’office de tourisme de Lons-le-Saunier. Depuis plusieurs siècles, elles accompagnent ainsi la vie économique de Lons-le-Saunier et sont devenues l’un des symboles du centre historique. « Avec ses arcades, la rue est la plus caractéristique de Lons-le-Saunier », rappelle d’ailleurs le ministère de la Culture.
Bien avant les vitrines modernes, les galeries couvertes accueillaient déjà les étals des artisans et des marchands. Drapiers, merciers, chapeliers ou encore quincailliers profitaient de cet espace protégé pour présenter leurs produits. Les clients, eux, pouvaient faire leurs achats à l’abri de la pluie ou de la neige. Les arcades n’étaient donc pas un simple élément d’architecture : elles constituaient un véritable outil au service du commerce.
Les galeries que l’on admire aujourd’hui sont pourtant loin d’être celles des origines. Au Moyen Âge, elles étaient entièrement construites en bois. Les incendies de 1536 puis de 1637 détruisent une grande partie de la rue. Pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise, la reconstruction, engagée à la fin du XVIIᵉ siècle puis au XVIIIᵉ, impose désormais la pierre, la brique et la tuile. Lors de la reconstruction, principalement au XVIIIᵉ siècle, les maisons sont rebâties avec leurs galeries ouvertes en rez-de-chaussée, donnant naissance à l’ensemble que l’on connaît aujourd’hui. Quelques vestiges des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles subsistent néanmoins encore sur certaines façades.
Un décor façonné par les commerçants
En levant les yeux, le visiteur remarque que les arcades ne sont pas toutes identiques. Certaines reposent sur des piles massives en pierre, d’autres présentent des voûtes plus larges ou des détails sculptés. Cette diversité reflète les différentes campagnes de reconstruction et les transformations successives des maisons. Chaque façade raconte aussi le statut social de son propriétaire : hauteur de l’immeuble, qualité de la pierre ou richesse des décors témoignaient autrefois de sa fortune. Malgré ces évolutions, l’ensemble conserve une remarquable unité architecturale.
Au fil des siècles, les enseignes changent, mais les arcades restent. Elles voient disparaître les échoppes d’artisans, apparaître les premiers grands magasins, puis les boutiques contemporaines. Derrière chaque devanture, plusieurs générations de commerçants se succèdent, sans jamais rompre le lien entre cette rue et son activité marchande. Aujourd’hui encore, certaines enseignes sont installées depuis plus d’un siècle. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Inventaire du patrimoine en Bourgogne Franche-Comté qualifie encore la rue du Commerce d’« axe essentiel de l’activité commerciale de la ville ».
Aujourd’hui encore, cette fonction perdure. Les passants empruntent naturellement ces galeries couvertes, parfois sans imaginer qu’elles ont été pensées il y a plusieurs siècles pour répondre aux besoins des marchands. Elles protègent désormais autant les vitrines que les habitants et participent à l’identité du centre-ville.
Un patrimoine toujours vivant
Bien plus qu’un décor, les arcades racontent l’histoire de Lons-le-Saunier. Elles témoignent de la reconstruction de la ville après les guerres et les incendies, mais aussi de son développement économique autour du commerce. Leur silhouette rythme toujours la rue, comme elle le faisait déjà il y a plusieurs siècles. Aujourd’hui encore, certaines enseignes sont installées depuis plus d’un siècle. Si les produits exposés ont changé, l’esprit des lieux, lui, est resté le même : faire de cette artère un espace de rencontres, d’échanges et de vie. « Il y a vraiment une atmosphère sous les arcades qui reste encore palpable », souligne Christelle Cretin. Une preuve que le patrimoine n’est pas seulement fait de pierres, mais aussi des usages qui les traversent.























