« À la fin du XIXème siècle, Joachim Moinat, cafetier à Nantua, crée toute une industrie autour de la vente de glace naturelle : les Glacières de Sylans. Votre mission aujourd’hui est d’inspecter les lieux ». Voilà comment seront accueillis les futurs visiteurs du site touristique, au bord du lac gelé de Sylans, dans la cluse de Nantua. En récupérant des lunettes 3D à l’office de tourisme à quelques kilomètres, l’inspecteur des lieux pourra observer les Glacières comme jamais auparavant. « C’est une nouvelle étape majeure. Jusqu’ici, pour des raisons évidentes de sécurité, il était impossible de rentrer dans les ruines. Cette immersion pourra montrer le travail des ouvriers et faire ressentir l’effervescence de l’époque », a présenté Lionel Cornaton, vice président d’Haut-Bugey Agglomération en charge du tourisme, au moment de l’inauguration, jeudi 9 juillet.

Une immersion pour faire face à la baisse de fréquentation
L’effervescence a eu lieu de 1870 à 1914, lorsque les Glacières envoyaient entre 20 et 30 wagons de 10 tonnes de glaces chaque jour vers Lyon et Paris. Le poumon économique local exportait alors jusqu’en Afrique du Nord, avant une fermeture définitive en 1921. Rapidement, le site est laissé à l’abandon et une tempête détruit une grande partie des toitures. C’est vers les années 2010 qu’il retrouve en visibilité : les élus locaux décident d’un nettoyage en profondeur et de la création d’un cheminement de découverte avec un ponton.

Ouvert en octobre 2013, le site séduit d’abord les visiteurs par sa nouveauté mais, peu à peu, la fréquentation baisse inexorablement en raison de l’impossibilité d’entrer dans les bâtiments en ruine. 30 000 visiteurs sont enregistrés en 2022. C’est l’année suivante qu’une solution commence à être cherchée par les élus d’Haut-Bugey Agglomération : le projet d’une immersion 3D est alors rapidement retenu. « Cette immersion permet au site de rentrer pleinement dans l’ère numérique », se satisfait Anne-Marie Jacquiot, adjointe de la commune des Neyrolles. « Les visiteurs pourront mieux comprendre les Glacières et le courage des ouvriers qui ont fait vivre cette industrie pas banale », complète Samuel Bécot, maire du Poizat-Lalleyriat. Le site se situe entre les deux communes et permet une escapade fraîche par les temps caniculaires.

Une technologie utilisée sur d’autres sites de l’Agglomération ?
D’un coût de 27 000 euros, le parcours numérique a été développé en partenariat avec Orange et l’entreprise Rendr. Sur un modèle déjà utilisé à la cathédrale Notre-Dame, dans le cadre du projet “Éternelle Notre-Dame”. Concrètement, le visiteur télécharge l’application Legendr et a accès à un parcours mêlant jeux, quiz et visualisation numérique. « 70 % du patrimoine s’avérait inaccessible. Un travail a été mené avec des historiens pour le reconstruire numériquement », explique Laurent Lefebvre, directeur de l’entreprise Rendr.

Encore en phase de test grandeur nature, le parcours récoltera les avis des visiteurs lors des premières semaines de mise en service afin d’être perfectionné. « C’est une technologie qui sera probablement utilisée sur d’autres sites d’Haut-Bugey Agglomération. Elle offre des perspectives passionnantes, notamment dans le tourisme de mémoire », s’est enthousiasmé Lionel Cornaton. Il ne reste plus qu’à savoir si cette immersion séduira locaux et touristes et fera gagner un second souffle aux Glacières de Sylans.
























