Éditorial

Un peu plus près des étoiles

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Normalement, les nombreux et fâcheux événements de la semaine passée auraient du m’inciter à m’insurger contre un contexte de plus en plus violent.
Il eut alors été de bon ton, afin de surfer sur la vague bien-pensante, de commencer par fustiger la recrudescence des 541 actes antisémites enregistrés en 2018, et la spectaculaire hausse de 74%, constatée par rapport à l’année précédente (ne pas s’en indigner ne veut pas dire pour autant, que l’on ne les déplore pas).
En fait, j’aurais vraisemblablement été rapidement tenté d’établir une sorte de concurrence victimaire, en faisant remarquer l’extrême discrétion de notre gouvernement, à condamner aussi publiquement et avec la même véhémence, les multiples actes antichrétiens subis, en silence, à longueur d’année. Notamment les profanations d’une dizaine d’églises perpétrées ces derniers jours : Maisons-Laffitte, Dijon, Houilles, Nîmes, Lavaur…
Car si l’on veut remettre une bonne foi(s) pour toutes, l’église au centre du village (désolé, c’était trop tentant…), il convient de reprendre l’ensemble des chiffres officiels.
Et de s’apercevoir que les statistiques mentionnent au cours de l’année passée, pas moins de 978 atteintes aux édifices religieux dont… 878 contre des lieux chrétiens !
La messe est dite.
Mais non, finalement, la mansuétude chrétienne inspirant parfois à relativiser nos actes, je me suis ravisé. Et puis, ne serait-ce que par principe, suivre le sillage de l’indignation conformiste m’horripile prodigieusement.
Alors plutôt que de poursuivre sur ce ton plaintif et de reprocher ce qui nous éloigne, j’ai pensé, de manière idéaliste et bienveillante, qu’il valait mieux inviter à s’aimer pour ce qui nous rapproche.
Et quoi de mieux que le ballon rond pour cela ?
Aussi, comment ne pas se féliciter que les Parisiens aient dominé mardi soir, Manchester United 2 à 0, dans leur antre mythique d’Old Trafford, lors des huitièmes de finale aller de la Ligue des champions ?
Comment ne pas savourer les réalisations des deux jeunes internationaux tricolores, Presnel Kimpembe sur corner et Kylian Mbappé sur un contre à l’heure de jeu, qui permettent à Paris de prendre une sérieuse option pour la qualification en quarts de finale ?
Surtout, pourquoi ne pas maintenant s’autoriser à rêver de dernier carré, voire d’une grande finale qui redonnerait enfin à un club français ses lettres de noblesse ?
Une place au soleil, parmi les plus prestigieuses écuries européennes !
Voilà c’est fait. Nous sommes passés en quelques secondes de la violence la plus abjecte, à la joie et l’exaltation populaire. Transition en partance des pires noirceurs de l’âme humaine mais qui aboutit à la concorde, à la vibration collective, et aux réjouissances fédératrices.
Bref, à des sentiments positifs.
Vous voyez finalement, ce n’était pas si difficile. Il suffit juste d’en avoir envie…