
Le premier réflexe, en arrivant à Arbois, serait presque de chercher une cave. Pourtant, la meilleure façon de découvrir la capitale des vins du Jura consiste peut-être à oublier son itinéraire. Se laisser guider par les ruelles, traverser les places, lever les yeux vers les façades de pierre blonde et finir, presque naturellement, au pied des vignes. « La vigne, le vin est un prétexte à découvrir le Jura autrement, à découvrir les Jurassiens aussi autrement », résume Marine Couturier, directrice du Comité interprofessionnel des vins du Jura (CIVJ). Ici, tout ramène à la vigne, mais jamais de manière artificielle.
Au départ de la place Morel, le parcours grimpe doucement jusqu’au château Pécauld, qui abrite le Musée de la vigne et du vin du Jura. Avant même d’en franchir les portes, les ceps bordent déjà le chemin. Quelques minutes plus tard, la balade quitte la ville pour rejoindre les coteaux. Depuis la tour de Curon, le panorama dévoile Arbois dans son ensemble, serrée autour de la Cuisance, avec son vignoble qui s’étire jusqu’au Revermont. Une promenade de moins de quatre kilomètres permet ainsi de passer des ruelles médiévales aux paysages viticoles qui ont forgé la réputation de la cité.

Une ville qui vit au rythme de ses vignerons
À Arbois, le vin n’est pas seulement un patrimoine. Il rythme la vie locale. « Quand il y a une gelée, toute la population d’Arbois a le visage fermé. Quand on connaît la grêle, c’est exactement la même chose », observe Marine Couturier. Derrière cette image se cache une réalité : ici, la vigne fait partie du quotidien.
Première AOC viticole française en 1936, Arbois demeure aujourd’hui la plus importante appellation du vignoble jurassien. Répartie sur treize communes et près de 850 hectares de vignes, elle concentre à elle seule près de la moitié des opérateurs de la filière. Sa richesse réside aussi dans sa diversité. Les cinq cépages historiques du Jura y cohabitent et permettent de produire toute la palette des vins jurassiens : blancs, rouges, rosés, vin jaune, vin de paille, crémant, macvin ou marc.

Impossible pourtant de résumer Arbois à une dégustation. Les domaines ouvrent leurs portes, proposent des visites, des balades dans les vignes, des escape games ou encore des dégustations gourmandes. « Les prestataires se mobilisent eux-mêmes énormément sur l’œnotourisme », souligne Lucile Bassard, chargée de développement œnotourisme au CIVJ. Plus de 150 professionnels sont aujourd’hui labellisés Vignobles & Découvertes dans le Jura, preuve de cette dynamique collective.
L’art de prendre son temps
Arbois se découvre autant avec les yeux qu’avec les papilles. Une visite de la Maison de Louis Pasteur rappelle le lien indissociable entre le savant et sa ville d’enfance. Ses travaux sur les fermentations ont largement contribué aux fondements de l’œnologie moderne. Quelques rues plus loin, les terrasses invitent à prolonger la découverte autour d’un verre, tandis que les caves accueillent les visiteurs au fil des rencontres.
Car ici, l’essentiel est sans doute ailleurs. « Arbois est une ville qui bat au rythme de sa vigne », résume Marine Couturier. Une ville où l’on passe naturellement des caves aux commerces, du patrimoine aux coteaux, des dégustations aux discussions avec les vignerons. Plus qu’une destination œnotouristique, Arbois est une ville à vivre. Une ville où l’on prend le temps de s’arrêter, de regarder le paysage et de comprendre pourquoi, depuis près d’un siècle, son nom est devenu une référence bien au-delà des frontières jurassiennes.
























