Ney. Pascal Bejeannin, l’art de suivre sa propre route

Depuis son atelier de Ney, Pascal Bejeannin façonne des sculptures qui voyagent autant que lui. Portrait d'un Jurassien guidé par la curiosité et le goût du beau.

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Pascal Bejeannin Ney
Le parc de la Valmasque accueille la dernière œuvre de Pascal Bejeannin. Crédit photo : Pascal Bejeannin

Dans son atelier de Ney, les silhouettes d’acier semblent prêtes à prendre vie. Un manchot d’un mètre cinquante l’accueille et une libellule vient tout juste de s’envoler vers les Alpes-Maritimes. Pourtant, pour Pascal Bejeannin, la sculpture n’est jamais une fin en soi. « Tout ce que je fais, je lui donne un sens », résume-t-il.

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Ce besoin de créer l’accompagne depuis l’enfance. Il dessine, peint, expose même jusqu’à New York avant de découvrir, presque par hasard, la sculpture en 2011. « J’ai toujours été attiré par l’art. J’ai besoin de le faire. Si je ne vais pas dans l’atelier, je ne me sens pas bien. » Peu à peu, le métal remplace les pinceaux et les animaux deviennent sa signature.

Mais derrière leurs lignes épurées se cache toujours une intention. « Je suis à la recherche du beau », explique-t-il. Un beau qui, selon lui, ne sert pas uniquement à séduire le regard. « Le beau donne de l’émotion, de l’émerveillement et donne envie de passer à l’action. »

Pascal Bejeannin Ney qui nage avec une tortue
La tortue a été immergée à La Réunion dans le cadre d’une expédition artistique. Crédit photo : Stephane Ciccione

Des sculptures qui racontent une histoire

Chez Pascal Bejeannin, les œuvres quittent régulièrement l’atelier pour poursuivre leur histoire ailleurs. Son association Art’Situ réunit d’ailleurs tout ce qui l’anime : l’art, l’aventure et la transmission. Chaque expédition devient l’occasion d’aller à la rencontre de populations, de recueillir des témoignages et de partager ces expériences à travers des films, des expositions ou des interventions dans les collèges jurassiens.

Certaines sculptures portent même un message très fort. Au Kurdistan syrien, un arbre réalisé avec d’anciennes kalachnikovs est devenu un symbole de paix. « Je fais pousser la vie sur ce qui tue », explique l’artiste. En Afrique, son gorille poursuit un long périple d’ouest en est afin de provoquer les rencontres et donner la parole « à ceux qu’on n’écoute pas ». Bientôt, un autre arbre pourrait voir le jour en Guyane, cette fois façonné avec des tronçonneuses saisies sur des chantiers de déforestation.

« On n’est pas dans un monde binaire », glisse-t-il. Derrière chaque création, l’objectif reste le même : susciter une réflexion et ouvrir le dialogue.

Pascal Bejeannin Ney
Le gorille est au cœur d’une expédition artistique à travers l’Afrique. Crédit photo : Cédric Bejeannin

Une aventure avant tout humaine

Son propre parcours ressemble d’ailleurs à un voyage. Plus jeune, il rêve de devenir pilote professionnel. Son daltonisme met fin à ce projet, mais pas à son goût de l’aventure. Il devient instructeur ULM, avant d’exercer comme éducateur spécialisé auprès de jeunes délinquants. Une expérience qui nourrit encore aujourd’hui sa manière de transmettre.

Pendant que son gorille poursuit sa route en Afrique, une immense libellule vient d’être installée dans un parc pédagogique de Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Une commande parmi d’autres, certes, mais qui illustre parfaitement sa philosophie. Qu’elles restent à Ney ou qu’elles traversent les continents, ses sculptures ont toutes une histoire à raconter. Et si elles invitent au voyage, c’est avant tout pour rappeler que l’art peut aussi être un moyen de comprendre le monde.

Pascal Bejeannin Ney
L’arbre est façonné avec des kalachnikovs ayant servi au combat contre Daesh. Crédit photo : Marika Godin