Édito. Manifester oui, tout casser non

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Il y a des colères qui méritent d’être entendues. Des inquiétudes qui poussent à descendre dans la rue, des revendications qui s’affichent sur des pancartes et des slogans qui résonnent dans les centres-villes. Manifester est un droit fondamental, et l’immense majorité de ceux qui l’exercent le font pacifiquement, avec la volonté de faire entendre leur voix. Mais lorsque certains choisissent de franchir la ligne en dégradant l’espace public, leurs actes ne doivent pas jeter le discrédit sur l’ensemble des manifestants. Et ce samedi 17 octobre, les images venues de plusieurs villes françaises ont rappelé à quel point cette distinction reste essentielle.

À Paris, des affrontements et des dégradations ont marqué une partie de la journée. À Lyon ou encore à Limoges, des bâtiments publics ont été pris pour cible. Des commerces endommagés, du mobilier urbain dégradé, des rues devenues le théâtre de violences. Difficile, devant de telles images, de comprendre en quoi briser une vitrine pourrait améliorer le quotidien de ceux qui manifestent. Le mobilier urbain, jusqu’à preuve du contraire, n’a jamais été connu pour sa capacité à négocier.

Et puis, il y a le Jura. À Dole, Lons-le-Saunier, Arbois, Champagnole ou Saint-Claude, les rassemblements se sont déroulés pacifiquement. Les manifestants ont exprimé leurs préoccupations, notamment autour du pouvoir d’achat et des services publics, sans que la violence ne prenne le dessus. Des slogans, des pancartes et des échanges. Rien de spectaculaire, peut-être, mais une manière de rappeler qu’il est possible de défendre ses convictions sans s’en prendre aux biens d’autrui.

Bien sûr, les situations ne sont pas comparables en tout point. Les mobilisations n’avaient ni la même ampleur ni les mêmes circonstances. Et il serait injuste de confondre les manifestants pacifiques avec les auteurs de dégradations. La violence de quelques-uns ne doit jamais effacer les revendications des autres.

Reste une évidence : aucune colère, aussi profonde soit-elle, ne justifie la casse. Derrière une vitrine brisée, il y a parfois un commerçant qui devra fermer boutique. Derrière un bâtiment public dégradé, il y a des services et des habitants directement concernés. Sans parler du coût des réparations, qui finit toujours par retomber sur quelqu’un. Détruire ce qui appartient à la collectivité revient finalement à lui faire payer les conséquences de ces violences.

Il ne s’agit pas de demander aux manifestants de se taire, ni de minimiser leurs préoccupations. Bien au contraire. Mais lorsque les images de destruction prennent le dessus, les revendications passent souvent au second plan. On ne parle plus des difficultés du quotidien, mais des dégâts du lendemain.

Dans ce contexte, le calme observé dans le Jura mérite d’être souligné. Non pas pour donner des leçons aux autres territoires, mais parce qu’il rappelle qu’une mobilisation peut exister sans violence. Les désaccords peuvent être profonds, les mots parfois durs, sans que les actes le deviennent.

Finalement, ce 17 octobre aura montré des réalités différentes. Et si les rassemblements pacifiques font moins de bruit que les débordements, ils n’en méritent pas moins d’être retenus. Car pour laisser une trace dans les esprits, nul besoin d’en laisser sur les vitrines.