Dossier de la semaine. Prisons franc-comtoises : la colère persiste

Après la mobilisation nationale du 27 avril, les agents pénitentiaires de Franche-Comté restent en alerte. À Lons-le-Saunier comme à Besançon, ils décrivent un quotidien sous tension. Les annonces du ministère sont attendues, mais peinent encore à rassurer.

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surpopulation prison Lons-le-Saunier
Renforts d’effectifs, paiement des heures supplémentaires, développement d’alternatives à l’incarcération sont priorisés.

D’abord, sur le terrain, le constat est sans appel. « À Lons, on est à quasiment 200 % de surpopulation », explique Yannick Michaud, représentant UFAP (Union Fédérale Autonome Pénitentiaire). L’établissement compte « 70 détenus pour 38 places ». Une situation qui dure dans le temps. « On a même des matelas au sol », précise-t-il, évoquant une pression constante sur les équipes.

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Pour les surveillants pénitentiaires, les conséquences sont concrètes. « Quand on n’a plus de place, on ne peut plus gérer les tensions », poursuit-il. Les changements de cellule deviennent impossibles. Le climat se tend. Pourtant, il insiste : « On a la chance d’être un petit établissement où on fait encore du bon travail ». Mais jusqu’à quand ?

La situation dépasse Lons-le-Saunier. À Besançon, la maison d’arrêt concentre encore davantage les difficultés. « On est à plus de 460 détenus pour 250 places réelles », alerte Christophe Verneret, secrétaire régional UFAP. « Tout est dimensionné pour 100 %, mais on tourne à 200 ».

Des agents « à la gorge » face à un système saturé

Sur le quotidien des personnels, les témoignages convergent. « On est à la gorge, on n’y arrive plus », lâche Christophe Verneret. Le manque d’effectifs aggrave la situation. « Il manque environ 4 000 agents en France », rappelle Yannick Michaud.

Par ailleurs, la charge de travail explose. « Les agents font jusqu’à 230 ou 240 heures par mois », détaille Christophe Verneret. Les heures supplémentaires s’accumulent. « Certains ont plus de 1 000 heures en attente ». Une situation jugée intenable. « Ils n’ont plus de vie de famille ».

De plus, le métier peine à attirer. « Travailler en prison, ce n’est pas une vocation pour tout le monde », reconnaît-il. Salaires jugés insuffisants, contraintes fortes, mutations imposées : « Il faut un sacré mental ». Résultat, les recrutements ne compensent plus les départs.

Des annonces accueillies avec prudence

Face à cette crise, des pistes ont été avancées par le ministère. Renforts d’effectifs, paiement des heures supplémentaires, développement d’alternatives à l’incarcération. Mais sur le terrain, la prudence domine. « Ça a le mérite d’être pris en compte, mais ce n’est pas à la hauteur », estime Christophe Verneret.

La question de la surpopulation reste centrale. « On incarcère toujours plus, sans avoir les moyens derrière », analyse-t-il. Pour Yannick Michaud, certaines solutions existent. « Il faudrait développer les peines alternatives, comme les bracelets ou les travaux d’intérêt général ».

Cependant, ces mesures posent aussi question. « Qui va les mettre en œuvre ? », interroge Christophe Verneret, évoquant la surcharge des services d’insertion. Un cercle vicieux. « On va soulager la détention d’un côté, mais recréer de la charge ailleurs ».

Au final, les agents attendent des actes. « La solution, c’est du recrutement de masse », tranche Yannick Michaud. Sans cela, la situation pourrait continuer de se dégrader. « On fait au mieux avec les moyens qu’on a, mais on arrive à un point de non-retour ».