10 hectares ont brûlé il y a quelques jours vers Crissey. Des incendies se sont déclarés chez nos voisins aindinois, à Oyonnax et Nantua. Craignez-vous particulièrement les prochaines semaines ?
Oui, bien sûr. On est en risque classé orange, donc élevé. On suit un certain nombre d’indicateurs, fournis par Météo France, qui incluent le vent, l’humidité, la température et également l’état de la végétation, vivante comme morte. Ce qui est inhabituel, c’est l’état de sécheresse des végétaux. Il y a eu des périodes de sécheresse qui se sont accumulées, en mai et en juin. Depuis une semaine, le taux d’humidité des végétaux se dégrade très rapidement. Pour le département, ce niveau de déficit hydrique est habituellement situé fin août. C’est assez inédit.
Depuis l’incendie aux abords du lac de Vouglans, qui avait ravagé 1 000 hectares de forêts, des mesures ont été prises, notamment des patrouilles de prévention. Comment fonctionnent-elles et comment sont-elles mobilisées en ce moment ?
Historiquement, la mission d’intérêt général de défense de la forêt contre les incendies (DFCI) était concentrée dans le Sud de la France, avec une agence centrale à Montpellier. Depuis les incendies de 2022, cette mission a été élargie à tous les territoires émergents dont on fait partie, avec des moyens donnés pour la formation de notre personnel qui va faire des patrouilles. On a deux types de patrouille : la patrouille de surveillance et de prévention, et la patrouille de surveillance et d’intervention. La première a des parcours ciblés sur les lieux les plus sensibles et a la possibilité d’exercer des missions de contrôle et de verbalisation, s’ils voient des contrevenants qui font du feu à moins de 200 mètres de la forêt. La deuxième, ce sont deux collègues formés à l’attaque du feu. Ils circulent avec des véhicules 4×4 dotés d’une citerne d’eau de 600 litres et ont la capacité d’intervenir sur des feux naissants. À partir du moment où les pompiers arrivent, ils se retirent et repartent dans leur mission de patrouille. Ces deux types de patrouilles ont été activés dès la mi-juin cette année.
Au-delà de la gestion de crise, comment l’ONF gère le risque à long terme, qui va faire devenir le Jura un territoire feux de forêt en 2035. Est-ce que la variation des peuplements est l’enjeu principal ?
C’est très difficile car les forêts mettent plus de 100 ans à pousser : les peuplements, on ne les fait pas évoluer si rapidement que cela. Le temps forestier n’est pas le temps agricole, qui évolue en une saison. Ce qui est traitable plus rapidement est l’équipement des forêts. On a travaillé avec le SDIS la cartographie d’accès des 50 communes les plus à risque. L’état des lieux des pistes est fait et les équipements complémentaires pour avoir accès à tous les massifs mettront quelques années à arriver. Le deuxième point très important est l’accès à l’eau. Des réflexions sont en cours pour aménager l’accès à des plans d’eau existants, ou installer des citernes pour remplir plus rapidement les camions.
On sait que la forêt jurassienne devient de plus en plus méditerranéenne, avec des pins et des cèdres qui remplacent des sapins et des épicéas pour faire face aux scolytes. Est-ce que cet enjeu a des conséquences sur le risque incendie ?
Pas forcément. Au niveau des scolytes, le bois mort n’augmente pas énormément le risque incendie. Là où il est problématique, c’est à proximité des habitations et des accès, là où il y a un risque de départ de feu. On ne fait pas la chasse à tout le bois mort en forêt, il a un rôle d’éponge en période hivernale. Comme toute éponge, quand il est gonflé d’eau, il joue son rôle et quand il ne l’est pas, c’est un combustible potentiel.
Sur la question du choix des essences et leur comportement en feu, il y a deux choses : la résistance et l’inflammabilité. C’est des facteurs importants mais moins que d’autres facteurs cruciaux comme la topographie, la structure du peuplement ou les conditions climatiques. Un feu a tendance à se déplacer vers le haut. Lorsqu’il y a du vent, le feu va être attisé car il amène beaucoup d’oxygène. On craint le phénomène d’échelle de feu, donc la structure de végétation joue énormément. Il vaut mieux avoir des résineux en bonne santé qui présentent des risques d’inflammabilité que des peuplements mal adaptés aux conditions climatiques futures qui dépérissent régulièrement et, qui, pour le coup, sont en situation de fragilité en période estivale, avec beaucoup de feuilles sèches.


























