Rubrique. Grands mots, grands remèdes : Mars, mois de guerre

0
46

Dans la mythologie romaine, Mars est le dieu de la guerre (1). C’est pour cette raison que le mois de Mars qui lui était dédié était le tout premier mois de l’année, tant faire la guerre a toujours fasciné les survivants. Par la suite on donna la priorité à janvier qui était le mois de l’élection des magistrats romains (2). Quel toupet ! Mars se retrouva troisième mais toujours sur le podium. Décembre qui doit son nom au fait qu’il est le dixième mois, après novembre qui est le neuvième, se trouva disqualifié et relégué en queue de peloton. On est bien peu de chose.

Mars est le fils de Jupiter et de Junon. Il a eu plusieurs épouses et plusieurs enfants. Vénus lui a donné deux fils : Deimos et Phobos, la Terreur et la Crainte d’où nous viennent les phobies. Ce sont les noms des deux lunes de Mars qui ne sont que de gros cailloux pas du tout respectueux de la grandeur planétaire du personnage.

On doit à la guerre quelques-unes de nos plus vieilles expressions : être sur le pied de guerre (3), tirer à boulets rouges (4), battre en retraite, faire feu de tout bois, donner le coup de grâce, prendre d’assaut, baisser pavillon (5), monter au créneau…

C’est que la guerre nous occupe depuis toujours. L’écriture n’était pas encore inventée que déjà -nous disent les archéologues- les tribus tentaient d’infléchir leurs destins en tirant des flèches dans le dos de leurs voisins. C’était au Soudan, il y a 13 000 ans. On a retrouvé leurs squelettes avec des flèches entre les omoplates. De bien mauvaises manières qui ont commencé très tôt.

La première guerre documentée date de 2450 av. J.C. en Mésopotamie. On le sait grâce à la stèle des Vautours, un monument qui montre des soldats en formation, des prisonniers et les dieux protégeant la victoire. Car dans les guerres, les dieux ne sont jamais bien loin.

Ils donnent la foi aux cobelligérants pour continuer et c’est déjà beaucoup. En tout cas, c’est mieux que rien.

Notes pour compléter ce texte

(1)- Mars est une planète dont la couleur rouille visible à l’œil nu et due à sa surface riche en oxyde de fer, a étonné depuis la plus haute antiquité. Beaucoup de civilisations, interprétant cette couleur comme celle du sang en on conclue que Mars évoquait la guerre. Les romains avaient Mars, un dieu… martial ! Les grecs appelait Arès leur dieu de la guerre perso. Mais la tradition est plus ancienne encore : en Mésopotamie, Nergal était le dieu de la guerre et des épidémies. Car un malheur n’arrive jamais seul.

(2)- Il y avait bien longtemps que les magistrats de la Rome antique (consuls, préteurs, édiles, questeurs et autres beaux linges) entraient en fonction au début de l’année, au mois de mars. Mais la réforme de 153 avant J.C., fixa l’entrée en fonction des magistrats romains au premier janvier. Il n’en fallait pas plus pour que le calendrier s’en trouve chamboulé. Et nous, comme des niolus, on a suivi. Pourtant faire Noël au balcon n’aurait pas été désagréable.

(3)- Autrefois les militaires avaient trois pieds. Le pied de paix marchait à effectifs réduits. Le pied de guerre c’était le branle-bas de combat. Effectifs accrus, distribution d’armes, préparation du ban et de l’arrière-ban, déclarations martiales que ça ne durera qu’une semaine, etc. Le pied de campagne désignait l’avancée des troufions en rangs serrés vers leurs funestes destins.

(4)- Le tir à boulet rouge est une technique d’artillerie aujourd’hui tombée en désuétude. Aux XVIIème et XVIIIème siècle, la technique était très en vogue. Il y avait près du canon un four où l’on chauffait à blanc les boulets pour en faire des boulets rouges avant de les tirer ensuite sur ceux qui ne l’avait pas volé. C’était particulièrement nécessaire pour foutre le feu aux navires ennemis. C’est pour cette raison que de nombreux tableaux représentent des combats navals avec des vaisseaux embrasés et fumants.
“Un exemple fut le Grand Siège de Gibraltar (1779-1783) pendant la guerre d’indépendance américaine. Les anglais tirèrent sur les français associés aux espagnols à boulets rouges et c’est nous qui avons perdu. C’est pourquoi je fais court.”

(5)- Lors d’une bataille navale, “baisser pavillon” pour un navire signifie mettre bas le drapeau hissé en temps normal au sommet du mât. C’est le signe que l’équipage cesse le combat et se rend à l’ennemi.
Contrairement à ce qu’on entend parfois ici ou là “baisser pavillon” n’est pas le moins du monde le contraire de “dresser l’oreille”. À bon entendeur, salut !