Rubrique. Grands mots, grands remèdes : Muguet

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Marie-Madeleine, je vous croisais tantôt place de la Liberté. Votre mine réjouie me réchauffa le cœur. D’autant qu’une semaine plus tôt vous m’aviez semblé bien taciturne et morose. Peut-être la récente victoire inattendue de l’OL sur le Paris Saint Germain était la cause de ce changement d’humeur ? Ou bien votre retour en grâce auprès de Félix, votre chat à l’humeur si changeante et rancuneuse ?

Jura Vitrages Carré d'Articles

Mais, j’eus bien vite une révélation ! Bien sûr ! C’est le muguet qu’on vous offrit le premier du mois (1) qui vous avait apporté ce bonheur tout neuf et prêt à l’emploi qui irradiait dans vos yeux comme un Tchernobyl de volupté !

Ce modeste brin de muguet porte en lui tous les pouvoirs qu’on se plait à lui prêter. Les croyances, la coutume, la poésie bucolique et parfumée de ses clochettes et cette connivence discrète avec notre destin insondable apportent ce petit coup de pouce qui nous rabiboche avec notre quotidien, parfois fadasse.

Depuis toujours l’humanité court avec gourmandise derrière les porte-bonheurs, les grigris, amulettes et talismans (2). Notez bien que ça n’est pas qu’on y croit -ici, nous sommes du pays de Descartes ! – mais il y a tant à gagner et si peu à perdre…

L’amour, la chance, le bonheur, la richesse, la victoire, la santé, la prospérité, la complaisance de la maréchaussée, une erreur de la banque en notre faveur, une tierce belottée, un transit régulier… Tout ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval (3). Et pas non plus sous celui d’un âne.

Heureusement, le muguet bien trop saisonnier pour faire sérieusement le job, n’est pas seul sur l’étal des promesses de bonheur à deux balles : il y a le trèfle à quatre feuilles (4), le fer à cheval, les absences totales de chats noirs et d’échelles sur nos trajets, la patte de lapin (5), la coccinelle, la lingerie fine de Madonna (réservée aux connaisseurs) (6) …

Notes pour compléter ce texte

(1) – Le roi Charles IX lors d’un voyage dans la Drôme, au printemps 1561, se vit offrir un brin de muguet. Il eut préféré un tonneau de clairette de Die mais un cadeau ne se décrète pas. Honoré malgré tout, il décida d’en offrir quelques brins aux dames de sa cour et ajoutant « Qu’il en soit ainsi chaque année ».

Le premier mai ouvrier a longtemps eu pour emblème l’églantine rouge avant que le muguet prenne progressivement sa place et que soit officialisée la Fête du Travail en 1941.

(2) – Le gri-gri est un petit objet porteur de magie depuis 1637. Il revient de loin puisqu’à son origine (en Guinée) c’était une idole représentant du diable.

L’amulette fut longtemps un amulet et il devient féminin au début du XVIIème. Je vous dis ça mais tout le monde s’en fiche ; l’important c’est que ça marche.

Le talisman nous vient de l’arabe moderne après emprunt au grec ancien. Chez les grecs telein était achever, accomplir et s’employait surtout pour s’acquitter d’un impôt. L’expression « qui paye ses dettes s’enrichit » n’a rien à voir avec un talisman porte-bonheur.

(3) – L’expression « ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval » a remplacé l’expression d’origine qui date du XVIIème « sous le pas d’un cheval ». Ce qui signifiait : dans sa trace. Ne trouvant qu’un engrais bon marché dans les traces d’un cheval, l’expression est aujourd’hui en recherche de sa pertinence. Elle n’a pas d’équivalent dans d’autres langues.

(4) – La réputation du trèfle à quatre feuilles tient à sa rareté. Tout ce qui est exceptionnel est à priori prometteur. Ainsi en est-il de l’or, du dahu et du quinté dans l’ordre. Le fait de trouver un trèfle à quatre feuilles donne l’impression flatteuse d’être choisi par le hasard en personne à toutes fins utiles.

Le trèfle est le symbole de l’Irlande depuis que, nous dit la légende, Saint Patrick a expliqué au roi Aengus le principe de la Trinité en utilisant un trèfle : une seule plante mais trois feuilles bien distinctes. C’était au Vème siècle avant que se répande dans le royaume l’usage du tableau noir et de la craie. Le roi, convaincu, a été baptisé mais pendant la cérémonie Saint Patrick aurait malencontreusement enfoncé son bâton pastoral dans le pied du roi qui aurait souffert en silence pensant qu’il s’agissait d’un rite chrétien.

(5) – La lapin et connu pour sa fécondité, sa rapidité, et ses contre-pieds qui le rendent insaisissable. C’est ce qui fit de sa patte un porte-bonheur et c’est ce qui fit son malheur avec des générations de lapins amputés.

(6) – Le 29 août 1987 au Parc de Sceaux, Madonna aurait jeté sa petite culotte dans le public. C’est culotté et le plus improbable c’est que ce vêtement usagé serait tombé sur les genoux de Jacques Chirac, maire de Paris et grand admirateur de la chanteuse. L’anecdote n’est attestée par aucun document vidéo mais elle revêt tant de délicatesse, de féérie et de majesté que l’histoire se perpétue et souvent répétée elle entre dans la légende.

À noter qu’on doit se garder de confondre porte-bonheur et fétiche… Concernant l’anecdote ci-dessus chacun jugera.