Rubrique. Grands mots, grands remèdes : Apparition christique

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Donald Trump Christ IA

Les fakes news sont une plaie mal soignée de notre communication d’aujourd’hui. L’infection se propage et quand le corps social tout entier est atteint il y a du souci à se faire.

Grâce aux progrès de nos réseaux sociaux, de l’intelligence artificielle, couplés à la déliquescence de notre sens critique, nous allons vers une aggravation problématique (1).

Les apparitions de Donald Trump grimé en Christ sauvant le monde (2) nécessiteront désormais un certificat d’authenticité délivré par huissier. Lequel devra nous garantir qu’il n’est pas un hologramme ou un enfant hors-mariage de Chat GPT.

Les fakes ne sont pas une nouveauté. Souvenez-vous de la guerre de Troie.

Nous sommes dans l’Antiquité, au mariage de Thétis et Pélée (3).

Après les apéros, Eris, déesse de la discorde, jette une pomme d’or « pour la plus belle ». Trois pimbêches se battent pour l’avoir : Héra, Athéna et Aphrodite (4). C’est Pâris, prince troyen qui à l’aube est choisi comme arbitre. Il aurait mieux fait de faire la grasse matinée car Aphrodite, cette chipie, pour le soudoyer lui offre Hélène, la plus belle femme du monde. Lui, bonne poire, s’enfuit avec la belle Hélène (5) qui était déjà mariée à Ménélas, trois fois hélas, roi de Sparte. C’est bien malheureux mais que voulez-vous que je vous dise…
N’en fallait pas plus pour déclencher une guerre.

Durant cette guerre les Athéniens ont morflé pendant dix ans mais ils ont eu une brillante idée, comme nous n’oserions plus aujourd’hui. Ils ont fabriqué un faux cheval de bois rempli jusqu’aux amygdales de soldats grecs empilés. Ils ont feint de lever le siège, laissant le canasson devant la porte. Les Troyens radieux et un peu niaiseux -si ! quand même !- croient à une offrande et conduisent le cheval dans la ville. La nuit suivante les soldats s’en échappent et détruisent Troie endormie (6).

Notes pour compléter ce texte

(1)- Une étude de mars 2018 dans la réputée revue Science démontre que le mensonge possède un avantage structurel pour se répandre sur les réseaux sociaux : il n’est pas limité par l’inflexible carcan du réel ce qui lui permet d’être plus spectaculaire, plus chargé en émotion et donc plus « sexy » que la réalité bien souvent complexe et moins rigolote.
Cette étude sur 126 000 rumeurs et infos partagées par 3 millions de personnes sur Twitter entre 2006 et 2017 à montré que les informations fausses circulent 6 fois plus vite que les vraies. Elles s’enfoncent beaucoup plus profondément dans la population. Quand une vérité s’essouffle après 10 étapes de partage en moyenne, un bobard continue d’être partagé bien au-delà, et là où la vérité atteint en moyenne 1 000 personnes, le mensonge, beaucoup plus viral, en atteint souvent 100 fois plus.

(2)- Début avril, Donald Trump ne se découvrant pas d’un fil s’est revêtu d’une tenue christique. Ce fut un tollé, y compris chez ses électeurs conservateurs et catholiques. Le message est supprimé mais le mal est fait. Certains parlent de blasphème. Sa défense est maladroite : il n’était pas en Jésus, il était en « docteur ». Mais alors que beaucoup d’individus dérangés se font passer pour le Christ sans que ça pose problème, il faut un diplôme pour se prétendre docteur…

(3)- Thétis et Pélée ont un fils : Achille, héros de la mythologie grecque. Fils d’un mortel et d’une nymphe, il était forcément fragile, même à jour de ses vaccins. Sa mère voulut le rendre invulnérable. Il suffisait de le tremper dans les eaux du Styx, le fleuve des Enfers. Mais il s’agissait de ne pas le lâcher bêtement sinon il se noyait et c’était dommage car beaucoup lui prédisait un avenir prometteur.
Sa mère le tenait fermement par un talon pendant cette immersion à haut risque. Et bingo ! ça l’a fait ! Achille devient invulnérable. Son seul point faible est son talon qui n’a pas été baigné. Ce talon d’Achille le perdra. Je me range tout à fait à l’opinion de la Marie-Madeleine qui me souffle : « si c’est pas malheureux ! Il fallait bien qu’elle le tienne quand même… »

(4)- On touche là à la première représentation des concours de miss toujours très prisés. Jean-Pierre Foucault présente l’Élection de Miss France depuis 1995. Ça parait très vieux mais l’affaire qui nous occupe est plus ancienne encore. Héra, Athéna et Aphrodite avait éliminé la concurrence en demi-finales et postulaient pour la pomme d’or qui servait de couronne à l’époque.

(5)- La poire belle Hélène apparait à Paris vers 1865. L’opéra-bouffe La Belle Hélène de Jacques Offenbach crée le 17 décembre 1864 au théâtre des Variétés est un tel succès que plusieurs préparations culinaires porteront ce nom.
Mais une seule recette subsistera :
Prenez 4 poires plutôt fermes (genre Williams) à pocher 20 minutes, un litre d’eau, 200g de sucre, une gousse de vanille, 100g de chocolat noir, 10cl de crème liquide, 20g de beurre, 4 boules de glace vanille, des amandes effilées ou de la chantilly et débrouillez vous parce que je n’ai plus la place pour raconter.

(6)-Ça faisait dix ans que les Grecs voulaient mettre la pillée aux Troyens. Attaque, contre-attaque, contre-pieds, dribbles et tirs dans la lucarne, rien n’y faisait. Ils avaient remarqué que le Troyen est robuste mais pas très futé. Ils imaginèrent ce cheval de bois avec une porte dérobée ce qui était une idée audacieuse car à ce jour aucun cheval n’avait encore bénéficié d’une porte discrète sur le côté. Rempli de soldats en armes comme les poules de Pâques en chocolat sont remplis de petits poissons, ce cheval a causé la perte des troyens.
De nos jours, lorsque quelqu’un qui nous déteste depuis dix ans pose un cheval de bois sur notre paillasson nous sommes méfiants et nous appelons la maréchaussée. Mais comme chacun sait Troyes est réputée pour ses andouilles…