
Deux maisons, séparées d’une quarantaine de kilomètres, racontent aujourd’hui l’une des plus grandes aventures scientifiques françaises. À Dole, où Louis Pasteur voit le jour en 1822. À Arbois, où il revient chaque année auprès des siens et où il poursuit une partie de ses recherches. Plus d’un siècle après sa disparition, ces demeures accueillent toujours des visiteurs. Mais leur mission a profondément évolué : elles ne se contentent plus de raconter la vie du savant, elles invitent désormais le public à comprendre la science qui l’animait.
Cette histoire commence d’ailleurs du vivant de Pasteur. En 1883, à la demande du maire de Dole, le scientifique inaugure lui-même une plaque apposée sur la façade de sa maison natale. Pour Sylvie Morel, directrice de l’EPCC Terre de Louis Pasteur, ce geste marque le début d’une longue histoire : « Finalement, c’est vraiment Pasteur qui inaugure sa maison natale et qui lance les avant-guerres. »

Après sa disparition, en 1895, l’émotion est telle que, selon elle, « tout ce qu’il avait touché s’est transformé en reliques. Aujourd’hui, on ne parle plus de reliques, mais d’objets historiques. » La maison natale ouvre finalement en 1923 grâce au soutien de la famille Pasteur et au mécénat de John D. Rockefeller, tandis que celle d’Arbois devient musée en 1937, conformément au souhait exprimé par la fille du savant.
Pendant plusieurs décennies, les deux sites évoluent dans un même esprit. Les descendants de Pasteur assurent le lien entre Dole et Arbois, tandis que la Société des amis de Pasteur veille sur les deux demeures. Les visiteurs viennent alors essentiellement découvrir les lieux de vie du scientifique et les nombreux objets qui lui ont appartenu.
De la mémoire à la culture scientifique
La véritable transformation intervient en 2014 avec la création de l’EPCC Terre de Louis Pasteur. Après la disparition des descendants du savant, les relations entre Dole et Arbois s’étaient quelque peu distendues. Le Département du Jura encourage alors un rapprochement des deux maisons, de leurs équipes et de l’Atelier Pasteur. « L’idée, c’est vraiment de faire du transversal et de proposer un service assez complet, avec une partie patrimoniale qui reste très forte, mais aussi de la pratique et de l’expérimentation scientifique », résume Sylvie Morel.
Cette nouvelle organisation change profondément la vocation des lieux. Les visites guidées demeurent le cœur de l’activité, mais elles sont désormais complétées par des ateliers, des conférences, des visites théâtralisées, des animations scolaires ou encore des expositions temporaires. L’objectif est de faire vivre les maisons bien au-delà de leur dimension patrimoniale. « On se rapproche plus maintenant d’un centre de culture scientifique », affirme la directrice.

Les ateliers destinés aux familles illustrent parfaitement cette évolution. « On s’est rendu compte que beaucoup de grands-parents venaient en vacances dans le Jura avec leurs petits-enfants. On s’est dit que c’était peut-être un bon plan… et ça l’a été. » Pendant deux heures, petits et grands manipulent, expérimentent et découvrent la science de manière ludique, à travers des thématiques aussi variées que la police scientifique, les fusées ou les fermentations. Les propositions évoluent au fil de l’année. « Ce sont vraiment les ateliers qui nous permettent de proposer du neuf », explique Sylvie Morel, évoquant aussi bien les ateliers d’Halloween que ceux consacrés au chocolat à Noël.
Faire vivre le patrimoine autrement
Cette volonté de renouvellement se retrouve également dans les expositions et les partenariats développés avec les universités, les laboratoires, les associations ou encore les artistes. Les Journées européennes du patrimoine donnent régulièrement l’occasion de proposer de nouvelles visites ou de mettre en lumière les métiers de la restauration. « Les locaux sont nos prescripteurs. C’est surtout eux qui ont besoin de voir que ça bouge et que des choses se font », souligne Sylvie Morel.
À Arbois, l’Académie des sciences poursuit parallèlement un vaste programme de restauration de la demeure familiale. Les travaux permettront notamment d’accueillir une nouvelle exposition permanente, Les microbes, c’est la vie, destinée à changer le regard porté sur ces organismes invisibles. « Si on prend le visiteur moyen, microbe égale maladie. Alors que finalement, 80 % des microbes sont plutôt bien avec nous », rappelle la directrice.
La prochaine exposition consacrée à la bière illustre également cette nouvelle philosophie. À partir des travaux de Pasteur sur les fermentations, elle réunira historiens, microbiologistes, archéologues et chercheurs autour d’un même sujet. L’étude d’une galette de céréales retrouvée dans la grotte des Planches pourrait même alimenter un programme européen consacré aux levures anciennes. Une manière de montrer qu’un objet patrimonial peut encore produire de nouvelles connaissances scientifiques.
À Dole comme à Arbois, les visiteurs viennent toujours marcher dans les pas de Louis Pasteur. Mais ils repartent désormais avec bien davantage qu’un souvenir historique. Entre patrimoine, recherche, expérimentations et médiation scientifique, les deux maisons prolongent finalement ce qui animait leur plus célèbre occupant : observer, comprendre et transmettre.
























