Édito. La patience au prix du litre

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young man filling car gas tank at service station

Il paraît que la patience est une vertu. À la station-service, elle devient surtout une nécessité. On attend que la voiture devant nous termine son plein, que son conducteur retrouve sa carte bancaire, puis qu’il se décide enfin à libérer la pompe. Mais depuis quelque temps, le véritable exercice de patience commence une fois le pistolet décroché.

Car faire le plein ressemble désormais à une épreuve de sang-froid. Les litres défilent tranquillement. Les euros, eux, semblent avoir pris l’option turbo. À peine le temps de regarder ailleurs que le compteur a déjà franchi un nouveau cap. Alors on développe des techniques. Certains fixent obstinément le nombre de litres. D’autres contemplent l’horizon. Les plus téméraires regardent directement la somme, comme on suivrait le chronomètre d’une finale olympique.

Et puis arrive ce moment délicat où il faut décider quand s’arrêter. À 50 euros ? 60 ? 70 ? Autrefois, on faisait le plein jusqu’au petit « clic ». Aujourd’hui, le clic peut venir du conducteur lui-même lorsqu’il découvre le montant.

Dans la file, pourtant, personne ne semble vraiment pressé. Chacun sait que son tour viendra. Une sorte de solidarité silencieuse unit les automobilistes : celui qui repart vient de vivre ce que celui qui attend s’apprête à subir.

Finalement, la station-service est peut-être devenue l’un des derniers grands lieux d’apprentissage de la patience. On y apprend à attendre, à respirer et, surtout, à ne pas regarder trop longtemps les chiffres défiler.

À ce tarif-là, la patience n’est plus seulement une vertu. C’est presque une option comprise dans le plein.