
À Lons-le-Saunier, tout s’est joué en cinq jours. Écriture, tournage, montage : le rythme imposé par Denis de Montgolfier ne laisse aucune place au temps mort. « On fait un film en cinq jours chrono, avec six heures de montage par jour », explique le réalisateur, habitué à ce format qu’il décline dans plusieurs villes en France.
Aux côtés du cinéaste, dix jeunes de la Mission locale participent pleinement au projet. Sans être professionnels de l’image, ils prennent part aux échanges, posent des questions aux intervenantes et apparaissent à l’écran. Le film leur donne aussi la parole à travers des séquences plus personnelles, tournées en noir et blanc. « C’est une respiration, de l’imaginaire, une manière de créer un décalage », décrit le réalisateur.
Les prises de vue se déroulent dans différents lieux du territoire : une ferme, une gare, un jardin. Des espaces choisis pour susciter des souvenirs, provoquer des réactions et libérer une parole souvent retenue.
Huit femmes face à leurs failles
Au cœur du film, huit femmes du Jura, issues d’horizons variés : avocate, agricultrice, cheffes d’entreprise ou encore responsables associatives. Mais loin d’un portrait classique, le dispositif cherche à aller plus loin. « On est à l’opposé du film promotionnel », insiste Denis de Montgolfier. Une fois la fonction évoquée, les échanges s’orientent rapidement vers l’intime.
« Quel enfant étiez-vous ? Qu’est-ce que vous n’aimez pas en vous ? » Les questions, posées par les jeunes, invitent à une forme de mise à nu. « En moyenne, on ne se livre qu’à 20 ou 30 % », observe le réalisateur, conscient des résistances face à la caméra.
Le documentaire aborde également un sujet central : les violences faites aux femmes. « Une femme sur trois est victime d’une agression physique ou sexuelle. Est-ce qu’on continue à ne pas en parler ? » Chaque participante est invitée à exprimer une parole forte, parfois un cri. « Je veux faire sortir de la chair, des émotions vraies, loin du discours lisse. »
Un film collectif, une projection unique
En croisant les témoignages des femmes et ceux des jeunes, le film construit un récit à deux voix. « Il parle autant d’eux que d’elles », résume le réalisateur. Une rencontre qui donne lieu à des échanges marquants, parfois inattendus, où chacun trouve sa place.
Autre particularité : les participantes découvriront le film directement lors de la projection, sans droit de regard préalable. Un choix assumé, basé sur la confiance. « Je leur garantis un film tendre, sensible et incarné ».
Le documentaire sera projeté le 30 avril au Cinéma 4C, en présence des équipes. Une séance gratuite ouverte au public, avant une diffusion plus restreinte. « Ce sera un moment unique », assure Denis de Montgolfier, fidèle à sa démarche : créer des films intenses, éphémères et profondément humains.























