Lons-le-Saunier. « Ils ne voient personne » : Candide est visiteuse de prison à la maison d’arrêt

À la maison d'arrêt de Lons-le-Saunier, Candide est visiteuse de prison depuis septembre 2025. La professeure de français à la retraite s'engage en voyant des détenus une fois par semaine. Un dispositif indispensable pour réduire l'isolement et permettre la réinsertion.

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Depuis septembre, Candide est visiteuse de prison à la maison d'arrêt de Lons-le-Saunier.

Depuis sa retraite, Candide a la solidarité chevillée au corps. Ancienne professeure de français, elle a d’abord donné des cours d’alphabétisation aux Restos du Cœur puis à la Maison Commune de Lons-le-Saunier. « Je voulais changer, pour avoir un rapport plus personnalisé. En alphabétisation, il y avait pas mal de réfugiés qui disparaissaient, sans qu’on sache où ils vont », explique la femme de 73 ans. Alors Candide a réfléchi à un mode d’engagement sur du long terme. En regardant un documentaire sur Arte, avec trois portraits de visiteurs de prison, puis le film “Je verrai toujours vos visages”, qui présente la justice restaurative, l’idée lui vient d’être utile auprès de personnes détenues. « Il me fallait quelque chose dans le dialogue, car j’ai la volonté de continuer à jouer un petit rôle dans la société, de rester intégrée au collectif ».

Entre 45 minutes et une heure par semaine

Après une rencontre avec le directeur du SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et probation), une visite complète de la maison d’arrêt et une formation à Besançon avec l’ANVP (Association nationale des visiteurs de personnes sous main de justice), un appel à candidats est lancée au sein de la prison de Lons-le-Saunier. « Ce n’est pas toujours facile d’avoir des volontaires. Au début, c’était des détenus assez jeunes, souvent liés au trafic de drogue, et qui étaient vite déplacés, puisque Lons n’est pas un centre de détention », explique la retraitée. Cependant, depuis l’automne, Candide est en relation plus longue avec deux personnes en attente de transfert. « J’ai eu le temps d’apprendre à les connaître, avec des échanges un peu plus faciles, puisque ce sont des hommes plus âgés ». Elle les voit entre 45 minutes et une heure par semaine. « Ils sont dans le quartier des vulnérables, puisque ce sont des personnes qui ont commis des délits sexuels. On ne les laisse pas avec les autres détenus, ils ne participent pas aux ateliers. Ils ne voient personne, ils sont très isolés », analyse la visiteuse.

« Je ne porte aucun jugement »

Ce genre de cas est plus difficile à appréhender pour Candide, mais c’est là toute l’importance de son rôle. « Les jeunes gens qui ont fait des go-fast ou du deal, ils reconnaissent : “j’ai joué, j’ai perdu”. Mais pour les délits sexuels, en particulier la pédophilie, ils mettent plus de temps à se confier. Ils peuvent être dans le déni », raconte-t-elle. Alors Candide tente, par des rapports anodins, de reconstruire la personne sociale qui est en eux. « Je ne porte aucun jugement. J’essaie de faire en sorte qu’ils ne soient pas réduits à ce qu’ils ont fait, même si je le garde toujours à l’esprit. J’apporte de la réalité sociale, pour que ce soient des gens capables de fonctionner en société ».

Alors que 12 visiteurs sont présents à la prison de Besançon, pour 460 détenus, Candide est seule à Lons pour 70 détenus. Cette dernière aimerait trouver des acolytes afin de partager son expérience. « Ce serait bien de pouvoir échanger sur des cas précis. Même si ça peut faire peur, la formation de visiteurs est très cadrée : on nous informe sur les pièges de la manipulation, avec une éthique très élaborée », informe-t-elle. Interdites au-delà de 75 ans, les visites de Candide seront arrêtées d’ici deux ans, avant, peut-être, qu’elle n’intègre le circuit de la justice restaurative.