À certains endroits, le paysage a déjà pris des airs de fin de saison. « On se croirait déjà en automne alors qu’on n’est même pas début septembre », constate Frédéric Topin. Conservateur de la réserve nationale naturelle du Girard, créée en 1982 et étendue sur 135 hectares, il observe les conséquences du manque d’eau. Située dans la basse vallée du Doubs, elle s’étend principalement sur la commune de Parcey, avec une partie sur Gevry, Molay et Rahon. La nappe baisse depuis la mi-mars et atteint des niveaux particulièrement faibles. « On est dans les niveaux les plus bas qu’on ait jamais eus à cette époque de l’année », souligne-t-il.
Cette situation s’ajoute à un déséquilibre plus ancien. Dans les années 1960, des travaux avaient rectifié et canalisé les cours d’eau afin d’accélérer leur écoulement. En s’enfonçant, le Doubs a entraîné avec lui la nappe, abaissée d’environ deux mètres dans les dix années suivantes. Aujourd’hui, les piézomètres installés au cœur de la réserve montrent une nappe située jusqu’à quatre mètres sous certaines prairies. Les racines des arbres n’y ont donc plus directement accès depuis plusieurs mois.
Des arbres et des milieux aquatiques sous pression
Les conséquences sont visibles. Les arbres perdent une partie de leur feuillage pour limiter leurs pertes en eau. Frédéric Topin parle de « stress hydrique ». Un phénomène dont les effets pourraient dépasser l’été 2026 : certains arbres pourraient connaître une mortalité différée. Les frênes, déjà fragilisés par la chalarose, sont particulièrement vulnérables.

Dans les bras morts, la situation est également délicate. Dans l’ancien lit du Doubs, un bassin normalement profond de quatre mètres n’en conserve plus que deux. D’autres sont déjà à sec. Plus l’eau se réchauffe, moins elle contient d’oxygène, avec un risque pour les poissons et la faune aquatique. La nappe joue encore un rôle protecteur en alimentant certains bassins avec une eau plus fraîche.
La réserve conserve malgré tout une capacité de résistance. Ses forêts, prairies et zones humides permettent de retenir une partie de l’eau et d’atténuer les fortes chaleurs. « C’est un peu notre zone tampon », résume Frédéric Topin. Mais sur 135 hectares, cette fonction a ses limites. Là où le sol est mince, l’herbe a déjà séché. « Dès que c’est trop sec, il y a un moment, la nature ne peut plus lutter. »
Redonner de l’espace aux rivières
Face à cette évolution, la réserve travaille sur son adaptation. Elle participe à la démarche NatureAdapt, développée par Réserves naturelles de France, afin d’anticiper les effets du changement climatique sur les milieux et leur gestion. Les pratiques agricoles sont aussi concernées : les fauches tardives protègent la faune au sol, mais deviennent moins intéressantes si l’agriculteur ne récolte plus que de l’herbe desséchée. Sans fauche, pourtant, les prairies pourraient progressivement se refermer, au détriment de leur biodiversité.
Une partie de la réponse passe également par la restauration des cours d’eau. En 2018, des travaux de désenrochement ont permis de redonner davantage d’espace à la rivière. Lors des crues, l’eau peut s’étaler sur la réserve, qui retrouve son rôle d’« éponge » : absorber le surplus puis le restituer lorsque les niveaux diminuent.
Pour Frédéric Topin, ces aménagements montrent la direction à suivre : laisser les rivières retrouver davantage leur fonctionnement naturel pour favoriser, à terme, la remontée de la nappe. Car malgré sa capacité à amortir les chocs, la réserve n’est pas épargnée : « Ça souffre quand même. » Et les conséquences de cette sécheresse pourraient encore se révéler bien après le retour des pluies.




























