Dossier de la semaine. « C’est une ligne de vie » : l’avenir de la Ligne des Hirondelles au coeur d’un débat public à Dole

Réunis à Dole vendredi 12 juin au soir, défenseurs de la Ligne des Hirondelles et responsables politiques ont affiché un constat commun : sans engagement financier accru de l'État, l'avenir de la liaison ferroviaire du Haut-Jura reste incertain.

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Réunis à Dole vendredi 12 au soir, élus, usagers, syndicats et parlementaires ont affiché un front commun pour défendre l'avenir de la Ligne des Hirondelles, jugée essentielle pour le Haut-Jura.

« La Ligne des Hirondelles ne doit pas devenir une variable d’ajustement, mais un investissement pour le territoire. » La formule, prononcée en ouverture de la soirée organisée vendredi 12 juin à la salle des Commards à Dole, a donné le ton des débats.

Malgré des sensibilités politiques parfois éloignées, un constat s’est imposé tout au long des échanges : personne ne souhaite voir disparaître cette ligne considérée comme essentielle pour le Haut-Jura. Les organisateurs ont rappelé que la fréquentation continue de progresser. L’année 2025 a même constitué un record de fréquentation, preuve selon eux que la ligne répond à un véritable besoin de mobilité.

« Ce n’est pas une ligne touristique, c’est une ligne de vie »

Pour Gérald Laforet, vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) Arc jurassien, la situation actuelle reste pourtant préoccupante. « Évidemment, la situation actuelle ne nous satisfait pas », a-t-il déclaré, évoquant des horaires parfois peu lisibles, des correspondances insuffisantes et des interruptions de circulation qui compliquent les déplacements quotidiens.

L’association défend depuis plusieurs années une amélioration de l’offre ferroviaire. « Ce n’est pas une ligne touristique, c’est une ligne de vie », a insisté ce dernier. « Le Haut-Jura représente à peu près 75 000 habitants qui méritent d’être reliés au réseau ferré national dans de bonnes conditions. »

La députée de la troisième circonscription du Jura, Justine Gruet, a partagé ce constat. « La région toute seule n’arrivera pas à financer un investissement aussi considérable », a-t-elle estimé. Selon elle, la ligne doit permettre à la fois de répondre aux besoins quotidiens des habitants et de renforcer l’attractivité du territoire.

Même tonalité du côté du maire de Saint-Claude et conseiller régional Fréderic Poncet. « Il faut arriver à concilier l’offre du quotidien et la capacité touristique de cette ligne », a-t-il expliqué.

Un financement qui cristallise les inquiétudes

La question des investissements a rapidement occupé le centre des débats. En octobre 2025, la Région Bourgogne-Franche-Comté a débloqué 12 millions d’euros afin de financer des travaux d’urgence.

« Les 12 millions, ce n’est pas rien », a rappelé Fréderic Poncet. Sa collègue élue à la Région, Liliane Lucchesi, a également souligné l’ampleur des besoins à venir. « Les travaux, représente 125 millions d’euros », a-t-elle indiquée, évoquant notamment l’état de plusieurs tunnels et ouvrages d’art. Christophe Bennaroudj et d’autres membres du collectif ont toutefois cité des estimations comprises entre 50 et 90 millions d’euros.

Le sénateur Clément Pernot a plaidé pour une approche plus large du dossier. « Si demain la ligne n’existe plus, que deviennent les viaducs ? Que deviennent tous les tracés qui sont exceptionnels ? », a-t-il interrogé. L’élu jurassien estime que la dimension patrimoniale de la ligne pourrait permettre de mobiliser davantage de partenaires financiers.

Présent à Dole, le député de l’Essonne Béranger Cernon, membre de la commission développement durable et aménagement du territoire a lui aussi pointé la question des responsabilités. « Ça fait trente ans qu’on n’a pas fait les investissements nécessaires », a-t-il affirmé. Selon l’ancien cheminot durant près de 17 années, « c’est à l’État d’assumer ses responsabilités » en matière d’aménagement du territoire et de financement du réseau ferré.

Lors de la troisième table ronde, l’ancienne ministre de l’Environnement et députée du Doubs, Dominique Voynet a appelé à revoir le protocole qui encadre aujourd’hui le financement des lignes de desserte fine du territoire. « Il faut vraiment rediscuter ce protocole », a-t-elle estimé, jugeant que la Région ne peut être laissée seule face à de telles dépenses.

Pour les élus, les syndicats et les associations présents, la Ligne des Hirondelles ne représente pas seulement une infrastructure ferroviaire. Elle constitue un outil d’aménagement du territoire, un levier de développement économique et touristique, mais aussi un service public indispensable pour l’avenir du Haut-Jura.