Le lac de Sylans, d’une superficie de près de cinquante hectares et d’une longueur de deux kilomètres, offrait des conditions idéales pour la formation de glace de qualité.
Son eau, très pure en raison de sa faible minéralisation, et son faible ensoleillement en faisaient un site propice à la production de glaçons limpides. C’est alors qu’au milieu du XIXe siècle, un cafetier de Nantua, Joachim Moinat, comprit le potentiel de cette ressource.
En 1864, il se lança dans l’exploitation de la glace, obtenant l’accord des communes du Poizat et des Neyrolles, propriétaires du lac. À partir de 1869, il fit construire des bâtiments en bois dotés de murs isolants pour conserver la glace. Son activité se développa rapidement, employant jusqu’à 300 ouvriers travaillant en deux équipes, jour et nuit : les Glacières de Sylans étaient nées.

Les Glacières de Paris font rentrer le site dans l’ère industrielle
L’ouverture de la ligne des Carpates en 1882 et le raccordement au réseau ferroviaire de la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée permirent d’élargir les débouchés. La glace de Sylans fut expédiée vers Lyon, Paris, Toulon, Marseille, Genève et même Alger. En 1884, Moinat céda son activité à la société des Glacières de Paris, marquant le passage à une exploitation industrielle.
Entre 1890 et 1910, d’importants investissements furent réalisés pour perfectionner les entrepôts, désormais en pierre et capables de stocker jusqu’à 70 000 mètres cubes de glace. En 1905, une dalle de béton fut ajoutée pour améliorer la conservation jusqu’à l’été. Les bâtiments annexes abritaient cantine, écurie, poudrière, ateliers de réparation et bureaux.

Une dernière récolte en 1917, à cause la guerre et du réchauffement
À son apogée, la production atteignait 300 000 tonnes de glace lors des hivers rigoureux. En été 1894, jusqu’à 50 wagons quittaient quotidiennement le site, la glace étant protégée par une toile de jute, vingt centimètres de paille et des bâches. Malgré les précautions, la déperdition restait limitée : sur dix tonnes expédiées, huit parvenaient à destination. Le déclin s’amorça au tournant du XXe siècle.
Le réchauffement climatique réduisit les récoltes de glace, tandis que la Première Guerre mondiale désorganisa l’activité. La dernière récolte eut lieu en 1917. Surtout, l’avènement de la glace artificielle et la généralisation des réfrigérateurs sonnèrent le glas des glacières naturelles. En 1926, la société des Glacières de Paris restitua le site aux communes, qui laissèrent les installations à l’abandon.


Un nouveau parcours en immersion 3D
Rachetés fin 2007 par la Communauté de communes du lac de Nantua, les lieux furent réhabilités, avec une ouverture au public en octobre 2013. Aujourd’hui, un sentier d’interprétation permet de découvrir ce patrimoine industriel exceptionnel. Et, récemment, Haut-Bugey Agglomération a lancé un nouveau parcours immersif en 3D, afin de rendre accessible les bâtiments en ruine. Cette visite plonge les visiteurs dans le quotidien des ouvriers de l’époque, avec des jeux et des quizz, et fait découvrir un patrimoine jusqu’à alors inaccessible à 70 %.























