L’invité de la rédaction. Joris Faudot, plus jeune vigneron médaillé du Jura

Cinquième génération à la tête du domaine familial, Joris Faudot a décroché cinq médailles d’or lors du dernier concours départemental des vins du Jura. Une reconnaissance pour ce jeune vigneron, qui vient également de terminer des vendanges particulièrement précoces.

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Joris Faudot est le plus jeune vigneron médaillé du Jura.

Vous représentez la cinquième génération du domaine. Quel a été votre parcours avant d’en reprendre les rênes ?

J’ai repris la gérance derrière mon père en 2022. Cela fait maintenant quatorze ans que je vinifie. J’ai beaucoup appris avec lui, directement sur le terrain, parce que je pense que c’est en faisant que l’on apprend. J’ai aussi effectué plusieurs stages, notamment chez Frédéric Lornet, à Montigny-lès-Arsures, puis je suis parti six mois en Australie, dans l’État de Victoria. Là-bas, les volumes étaient immenses : une seule cuve pouvait représenter toute ma récolte d’une année. C’était une autre façon de travailler et cela m’a beaucoup appris.

Aujourd’hui, quelle est l’identité du domaine ?

Nous travaillons 14 hectares, uniquement en appellation Arbois, en culture raisonnée. Nous produisons du crémant du Jura, des blancs, des rouges, du vin de paille, du vin jaune, mais aussi des eaux-de-vie. Notre force, c’est notamment notre parcellaire, avec de vieilles vignes et des cuvées différentes. Nous avons des vignes sur plusieurs secteurs et nous pouvons faire une cuvée propre à chaque parcelle.

Vous avez présenté plusieurs vins au concours départemental et décroché cinq médailles d’or. Que représente un tel résultat ?

J’avais présenté huit échantillons, ainsi qu’une eau-de-vie. Nous avons obtenu cinq médailles d’or, notamment sur le crémant blanc, le crémant rosé, le Naturé 2024 et le Poulsard 2025. Ce sont des récompenses qui rassurent surtout nos clients sur la qualité des vins. Mais pour nous, vignerons, c’est aussi une satisfaction par rapport à toutes les heures de travail passées pendant l’année pour arriver à un vin final de qualité. Nous ne cherchons pas la quantité, mais la qualité. Je vinifie seul ici et c’est moi qui prends les décisions.

Cette année a aussi été marquée par des vendanges très précoces. Comment se sont-elles déroulées ?

Nous avons commencé le 13 août et terminé le 26. La dernière fois que nous avions attaqué aussi tôt, c’était en 2003, lors de la canicule. Nous avons commencé par les raisins destinés aux crémants, mais les degrés sont rapidement devenus trop élevés. Nous n’avons pu en vendanger que pendant trois jours. Cette année, je vais pouvoir produire environ 10 000 bouteilles de crémant, contre 30 000 lors des bonnes années.

Les volumes sont donc particulièrement faibles ?

Oui. Chez nous, le rendement moyen est d’environ 35 hectolitres par hectare cette année. Lors des belles années, nous pouvons être autour de 55 à 60. Nous avons tout de même réussi à réaliser toutes nos cuvées, mais en petites quantités. Cela ne jouera pas forcément sur la qualité, mais davantage sur nos stocks au fil des années, notamment parce que certains vins restent longtemps en élevage.

Le changement climatique vous oblige-t-il déjà à modifier votre manière de travailler ?

Oui. Nous avons eu environ 60 jours sans pluie et cela a concentré les raisins. La pluie est finalement arrivée pendant les vendanges, mais, pour moi, trop tard. Nous adaptons donc notre travail. Nous avons notamment des filets anti-grêle qui servent également à apporter de l’ombre à la vigne. Nous avons aussi arrêté certaines pratiques pour laisser davantage de bois protéger les raisins de la chaleur.

Dans ce contexte, l’appellation Arbois reste-t-elle une force pour le domaine ?

Oui, clairement. Nous vendons beaucoup aux particuliers, dans les salons des Vignerons indépendants partout en France, mais aussi aux restaurateurs et aux cavistes. Environ 15 % de notre production part également à l’export, notamment vers les pays de l’Est. Ce qui fait notre force, c’est aussi le Jura et l’appellation Arbois. Elle est petite et nous avons des produits différents des autres régions. Le Savagnin, par exemple, reste très atypique. Il faut profiter de cette identité et de la qualité de l’appellation.