Comment se porte aujourd’hui le secteur du bâtiment dans le Jura ?
Rémi Mertz : On vit d’investisseurs. Les particuliers comme les professionnels ont besoin de visibilité pour engager leurs projets. Or, les incertitudes économiques et politiques pèsent sur les investissements. À cela s’ajoutent la remontée des taux d’intérêt et les difficultés de financement.

Philippe Gouget : Les délais administratifs sont également devenus très contraignants. Entre les instructions et les recours, certains projets prennent trois à quatre ans avant de démarrer. Ensuite, on demande aux entreprises de réaliser les travaux en quelques mois.
Quel poids représente la Fédération dans le département ?
Rémi Mertz : Nous comptons 187 entreprises adhérentes, représentant environ 3 000 salariés sur les 4 500 du secteur dans le Jura. Le département compte près de 700 entreprises employant au moins un salarié. Nous représentons 33 métiers du bâtiment, ainsi que les travaux publics. La grande majorité de nos adhérents emploient moins de dix salariés.
La hausse des coûts fragilise-t-elle les entreprises ?
Philippe Gouget : Aujourd’hui, c’est l’entreprise qui peine à marger. Les matériaux ont fortement augmenté ces dernières années, tout comme le coût de la main-d’œuvre. Les marges se réduisent et certaines entreprises n’ont plus les moyens d’investir. Nous arrivons à un stade préoccupant.
Rémi Mertz : Les entreprises ont peu de pouvoir de négociation face aux industriels qui fournissent les matériaux. Cette situation pèse sur leur rentabilité et complique également leur transmission.
Vous êtes particulièrement critiques envers les banques. Pourquoi ?
Rémi Mertz : Les banques, elles ont les clés pour libérer l’économie. Aujourd’hui, elles demandent des apports importants aux particuliers et des garanties aux entreprises. Les procédures sont longues et les décisions prennent parfois plusieurs mois. Cela freine les investissements.
Philippe Gouget : Les banques détiennent l’épargne des Français. Il faudrait que cet argent puisse davantage être réinjecté dans l’économie. Certains jeunes ménages ne peuvent plus financer l’achat ou la rénovation d’un logement. C’est un véritable frein pour notre activité.
La transmission des entreprises constitue-t-elle un enjeu majeur ?
Philippe Gouget : Il faut qu’on se batte pour garder de l’entreprise. Au moment de la transmission, nous perdons parfois de petites structures. Pourtant, elles sont essentielles à notre territoire.
Rémi Mertz : Nous accompagnons les créateurs, les repreneurs et les dirigeants avec des formations et des conseils. Nous voyons aussi des jeunes de 25 à 30 ans reprendre des entreprises. Ils ont déjà de l’expérience et font preuve d’engagement. Cela nous donne confiance.
Comment attirer davantage de jeunes vers le bâtiment ?
Rémi Mertz : Nos métiers sont des métiers d’avenir, ils sont éternels. L’intelligence artificielle peut accompagner les entreprises, notamment dans les tâches administratives, mais il faudra toujours des professionnels sur les chantiers. On peut commencer avec un CAP et terminer chef d’entreprise. L’ascenseur social fonctionne encore dans notre secteur.
Quel message souhaitez-vous adresser aux Jurassiens ?
Philippe Gouget : Nous avons un beau tissu d’entreprises dans le Jura. Malgré les difficultés, les entrepreneurs continuent de travailler, d’investir et de se battre pour maintenir leur activité. Il faut préserver ces savoir-faire.
Rémi Mertz : Nous appelons les particuliers et les collectivités à faire confiance aux entreprises locales. Dans certaines communes jurassiennes, le bâtiment représente encore l’une des dernières activités économiques, avec un maçon, un menuisier ou un charpentier. Ce tissu d’activités, il faut le garder.

























